lundi 30 avril 2012

La Notion d'Empire, de Rome à nos jours

La Notion d'Empire, de Rome à nos jours

(avec un appendice sur la "subsidiarité")

Ex: http://vouloir.hautetfort.com/

par Robert Steuckers

(1995)




Dans la mémoire européenne, souvent confuse voire inconsciente, l'Empire romain demeure la quintessence de l'ordre. Il apparaît comme une victoire sur le chaos, inséparable de la pax romana. Le fait d'avoir maintenu la paix à l'intérieur des limes et d'avoir confiné la guerre sur des marches lointaines (Parthes, Maures, Germains, Daces) pendant plusieurs siècles, pour notre inconscient, est une preuve d'excellence. Même s'il est difficile de donner une définition universelle du terme d'Empire — l'Empire romain n'étant pas comparable à l'Empire inca, l'Empire de Gengis Khan à l'Autriche-Hongrie des Habsbourgs — Maurice Duverger s'est efforcé de souligner quelques caractéristiques des Empires qui se sont succédé sur la scène de l'histoire (dans son introduction au livre du Centre d'analyse comparative des systèmes politiques, Le concept d'Empire, PUF, 1980) :

D'abord, comme l'avait déjà remarqué le linguiste français Gabriel Gérard en 1718, l'Empire est un « État vaste et composé de plusieurs peuples », par opposition au royaume, poursuit Duverger, moins étendu et reposant sur « l'unité de la nation dont il est formé ». De cette définition, nous pouvons déduire, avec Duverger, 3 éléments :
  • a) L'empire est onarchique, le pouvoir suprême est assumé par un seul titulaire, désigné par voie d'hérédité et présentant un caractère sacré (une fonction sacerdotale).
  • b) L'étendue du territoire constitue un critère fondamental des empires, sans que l'on ne puisse donner de mesure précise. La grandeur du territoire est ici subjective.
  • c) L'Empire est toujours composé de plusieurs peuples, sa grandeur territoriale impliquant d'office la diversité culturelle. Selon Karl Werner, « un royaume, c'est un pays ; un empire, c'est un monde ».
L'Empire, qui est donc un système politique complexe qui met un terme au chaos, et revêt une dimension sacrée précisément parce qu'il génère l'ordre, a une dimension militaire, comme nous allons le voir quand nous aborderons le cas du Saint-Empire romain de la Nation Germanique, mais aussi une dimension civile constructive : il n'y a pas d'Empire sans organisation pratique de l'espace, sans réseau de routes (les voies romaines, indices concrets de l'impérialité de Rome), les routes étant l'armature de l'Empire, sans un commerce fluvial cohérent, sans aménagement des rivières, creusement de puits, établissement de canaux, vastes systèmes d'irrigation (Égypte, Assyrie, Babylone, "l'hydraulisme" de Wittfogel). Au XIXe siècle, quand la nécessité de réorganiser l'Europe se fait sentir, quand surgit dans les débats une demande d'Europe, l'économiste allemand Friedrich List parle de réseaux ferroviaires et de canaux pour souder le continent. Le grand espace, héritier laïque et non sacré de l'Empire, réclame aussi une organisation des voies de communication.

« Dans tout ensemble impérial, l'organisation des peuples est aussi variée que l'organisation de l'espace. Elle oscille partout entre deux exigences contraires et complémentaires : celle de la diversité, celle de l'unité » (Duverger, op. cit.). « Les Perses ont soumis plusieurs peuples, mais ils ont respecté leurs particularités : leur règne peut donc être assimilé à un empire » (Hegel). Par nature, les Empires sont donc plurinationaux. Ils réunissent plusieurs ethnies, plusieurs communautés, plusieurs cultures, autrefois séparées, toujours distinctes. Leur assemblage, au sein de la structure impériale, peut prendre plusieurs formes. Pour maintenir cet ensemble hétérogène, il faut que le pouvoir unitaire, celui du titulaire unique, apporte des avantages aux peuples englobés et que chacun conserve son identité. Le pouvoir doit donc à la fois centraliser et tolérer l'autonomie : centraliser pour éviter la sécession des pouvoirs locaux (féodaux) et tolérer l'autonomie pour maintenir langues, cultures et mœurs des peuples, pour que ceux-ci ne se sentent pas opprimés.

Il faut enfin, ajoute Duverger, que chaque communauté et chaque individu aient conscience qu'ils gagnent à demeurer dans l'ensemble impérial au lieu de vivre séparément. Tâche éminemment difficile qui souligne la fragilité des édifices impériaux : Rome a su maintenir un tel équilibre pendant des siècles, d'où la nostalgie de cet ordre jusqu'à nos jours. Les imperfections de l'administration romaine ont été certes fort nombreuses, surtout en période de déclin, mais ces dysfonctionnements étaient préférables au chaos. Les élites ont accepté la centralisation et ont modelé leur comportement sur celui du centre, les masses rurales ont conservé leurs mœurs intactes pratiquement jusqu'à la rupture des agrégats ruraux, due à la Révolution industrielle (avec la parenthèse noire des procès de sorcelleries).

Duverger signale aussi l'une des faiblesses de l'Empire, surtout si l'on souhaite en réactualiser les principes de pluralisme : la notion de fermeture, symbolisée éloquemment par la Muraille de Chine ou le Mur d'Hadrien. L'Empire se conçoit comme un ordre, entouré d'un chaos menaçant, niant par là même que les autres puissent posséder eux-mêmes leur ordre ou qu'il ait quelque valeur. Chaque empire s'affirme plus ou moins comme le monde essentiel, entouré de mondes périphériques réduits à des quantités négligeables. L'hégémonie universelle concerne seulement « l'univers qui vaut quelque chose ». Rejeté dans les ténèbres extérieures, le reste est une menace dont il faut se protéger.

Dans la plupart des empires non européens, l'avènement de l'empire équivaut au remplacement des dieux locaux par un dieu universel. Le modèle romain fait figure d'exception : il ne remplace pas les dieux locaux, il les intègre dans son propre panthéon. Le culte de l'imperator s'est développé après coup, comme moyen d'établir une relative unité de croyance parmi les peuples divers dont les dieux entraient au Panthéon dans un syncrétisme tolérant. Cette République de divinités locales n'impliquaient pas de croisades extérieures puisque toutes les formes du sacré pouvaient coexister.

Quand s'effondre l'Empire romain, surtout à cause de sa décadence, le territoire de l'Empire est morcellé, divisé en de multiples royaumes germaniques (Francs, Suèbes, Wisigoths, Burgondes, Ostrogoths, Alamans, Bavarois, etc.) qui s'unissent certes contre les Huns (ennemi extérieur) mais finissent par se combattre entre eux, avant de sombrer à leur tour dans la décadence (les "rois fainéants") ou de s'évanouir sous la domination islamique (Wisigoths, Vandales). De la chute de Rome au Ve siècle à l'avènement des Maires du Palais et de Charlemagne, l'Europe, du moins sa portion occidentale, connaît un nouveau chaos, que le christianisme seul s'avère incapable de maîtriser.

De l'Empire d'Occident, face à un Empire d'Orient moins durement étrillé, ne demeurait intacte qu'une Romania italienne, réduite à une partie seulement de la péninsule. Cette Romania ne pouvait prétendre au statut d'Empire, vu son exigüité ; territoriale et son extrême faiblesse militaire. Face à elle, l'Empire d'Orient, désormais "byzantin", parfois appelé "grec" et un Regnum Francorum territorialement compact, militairement puissant, pour lequel, d'ailleurs, la dignité impériale n'aurait pu être qu'un colifichet inutile, un simple titre honorifique. À la Romania, il ne reste plus que le prestige défunt et passé de l'Urbs, la Ville initiale de l'histoire impériale, la civitas de l'origine qui s'est étendue à l'Orbis romanus. Le citoyen romain dans l'Empire signale son appartenance à cet Orbis, tout en conservant sa natio (natione Syrus, natione Gallus, natione Germanicus, etc.) et sa patria, appartenance à telle ou telle ville de l'ensemble constitué par l'Orbis. Mais la notion d'Empire reste liée à une ville : Rome ou Byzance, si bien que les premiers rois germaniques (Odoacre, Théodoric) après la chute de Rome reconnaissent comme Empereur le monarque qui siège à Constantinople.

Si la Romania italienne conservait symboliquement la Ville, Rome, symbole le plus tangible de l'Empire, légitimité concrète, elle manquait singulièrement d'assises territoriales. Face à Byzance, face à la tentative de reconquête de Justinien, la Romania et Rome, pour restaurer leur éclat, pour être de nouveau les premières au centre de l'Orbis, devaient très naturellement tourner leur regard vers le roi des Francs (et des Lombards qu'il venait de vaincre), Charles. Mais les lètes francs, fiers, n'avaient pas envie de devenir de simples appendices d'une minuscule Romania dépourvue de gloire militaire. Entretemps, le Pape rompt avec l'Empereur d'Orient. Le Saint-Siège, écrit Pirenne, jusqu'alors orienté vers Constantinople, se tourne résolument vers l'Occident et, afin, de reconquérir à la chrétienté ses positions perdues, commence à organiser l'évangélisation des peuples 'barbares' du continent. L'objectif est clair : se donner à l'Ouest les bases d'une puissance, pour ne plus tomber sous la coupe de l'Empereur d'Orient. Plus tard, l'Église ne voudra plus se trouver sous la coupe d'un Empereur d'Occident.

Le Regnum Francorum aurait parfaitement pu devenir un empire seul, sans Rome, mais Rome ne pouvait plus redevenir un centre crédible sans la masse territoriale franque. De là, la nécessité de déployer une propagande flatteuse, décrivant en latin, seule langue administrative du Regnum Francorum (y compris chez les notaires, les refendarii civils et laïques), les Francs comme le nouveau "peuple élu de Dieu", Charlemagne comme le "Nouveau Constantin" avant même qu'il ne soit couronné officiellement Empereur (dès 778 par Hadrien Ier), comme un "Nouveau David" (ce qui laisse penser qu'une opposition existait à l'époque entre les partisans de "l'idéologie davidique" et ceux de "l'idéologie constantinienne", plus romaine que "nationale"). Avant de devenir Empereur à Rome et par la grâce du Pape, Charlemagne pouvait donc se considérer comme un "nouveau David", égal de l'Empereur d'Orient. Ce qui ne semblait poser aucun problème aux nobles francs ou germaniques.

Devenir Empereur de la Romania posait problème à Charlemagne avant 800, année de son couronnement. Certes, devenir Empereur romano-chrétien était intéressant et glorieux mais comment y parvenir quand la base effective du pouvoir est franque et germanique. Les sources nous renseignent sur l'évolution : Charlemagne n'est pas Imperator Romanorum mais Romanum imperium gubernans qui est per misericordiam Dei rex Francorum et Langobardorum. Sa nouvelle dignité ne devait absolument pas entamer ou restreindre l'éclat du royaume des Francs, son titre de Rex Francorum demeurant l'essentiel. Aix-la-Chapelle, imitée de Byzance mais perçue comme "Anti-Constantinople", reste la capitale réelle de l'Empire.

Mais l'Église pense que l'Empereur est comme la lune : il ne reçoit sa lumière que du "vrai" empereur, le Pape. À la suite de Charlemagne, se crée un parti de l'unité, qui veut surmonter l'obstacle de la dualité franco-romaine. Louis le Pieux, successeur de son père, sera surnommé Hludowicus imperator augustus, sans qu'on ne parle plus de Francs ou de Romains. L'Empire est un et comprend l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, la France et les États du Bénélux actuels. Mais, le droit franc ne connaissait pas le droit de primogéniture : à la mort de Louis le Pieux, l'Empire est partagé entre ses descendants en dépit du titre impérial porté par Lothaire Ier seul. Suivent plusieurs décennies de déclin, au bout desquels s'affirment deux royaumes, celui de l'Ouest, qui deviendra la France, et celui de l'Est, qui deviendra le Saint-Empire ou, plus tard, la sphère d'influence allemande en Europe.

Harcelée par les peuples extérieures, par l'avance des Slaves non convertis en direction de l'Elbe (après l'élimination des Saxons par Charlemagne en 782 et la dispersion des survivants dans l'Empire, comme en témoignent les Sasseville, Sassenagues, Sachsenhausen, etc.), les raids sarazins et scandinaves, les assauts des Hongrois, l'Europe retombe dans le chaos. Il faut la poigne d'un Arnoulf de Carinthie pour rétablir un semblant d'ordre. Il est nommé Empereur. Mais il faudra attendre la victoire du roi saxon Othon Ier en 955 contre les Hongrois, pour retrouver une magnificence impériale et une paix relative. Le 2 février 962, en la Basilique Saint-Pierre de Rome, le souverain germanique, plus précisément saxon (et non plus franc), Othon Ier, est couronné empereur par le Pape. L'Empire n'est plus peppinide-carolingien-franc mais allemand et saxon. Il devient le "Saint-Empire".

En 911 en effet, la couronne impériale a échappé à la descendance de Charlemagne pour passer aux Saxons (est-ce une vengeance pour Werden ?), Henri Ier l'Oiseleur (919-936), puis Othon (936-973). Comme Charlemagne, Othon est un chef de guerre victorieux, élu et couronné pour défendre l'œcumène par l'épée. L'Empereur, en ce sens, est l'avoué de la Chrétienté, son protecteur. Plus que Charlemagne, Othon incarne le caractère militaire de la dignité impériale. Il dominera la papauté et subordonnera entièrement l'élection papale à l'aval de l'Empereur. Certaines sources mentionnent d'ailleurs que le Pape n'a fait qu'entériner un fait accompli : les soldats qui venaient d'emporter la décision à Lechfeld contre les Hongrois avaient proclamé leur chef Empereur, dans le droit fil des traditions de la Germanie antique, en se référant au "charisme victorieux" (Heil) qui fonde et sanctifie le pouvoir suprême.

En hissant ce chef saxon à la dignité impériale, le Pape opère le fameuse translatio Imperii ad Germanos (et non plus ad Francos). L'Empereur devra être de race germanique et non plus seulement d'ethnie franque. Un "peuple impérial" se charge dès lors de la politique, laissant intactes les identités des autres : le règne des othoniens élargira l'œcumène franc/européen à la Pologne et à la Hongrie (Bassin danubien — Royaume des Avars). Les othoniens dominent véritablement la Papauté, nomment les évêques comme simples administrateurs des provinces d'Empire. Mais le pouvoir de ces "rois allemands", théoriquement titulaires de la dignité impériale, va s'estomper très vite : Othon II et Othon III accèdent au trône trop jeunes, sans avoir été véritablement formés ni par l'école ni par la vie ou la guerre.

Othon II, manipulé par le Pape, engage le combat avec les Sarazins en Italie du Sud et subit une cuisante défaite à Cotrone en 982. Son fils Othon III commence mal : il veut également restaurer un pouvoir militaire en Méditerranée qu'il est incapable de tenir, faute de flotte. Mais il nomme un Pape allemand, Grégoire V, qui périra empoisonné par les Romains qui ne veulent qu'un Pape italien. Othon III ne se laisse pas intimider ; le Pape suivant est également allemand : Gerbert d'Aurillac (Alaman d'Alsace) qui coiffe la tiare sous le nom de Sylvestre II. Les barons et les évêques allemands finissent pas lui refuser troupes et crédits et le chroniqueur Thietmar de Merseburg pose ce jugement sévère sur le jeune empereur idéaliste : « Par jeu enfantin, il tenta de restaurer Rome dans la gloire de sa dignitié de jadis ». Othon III voulait fixer sa résidence à Rome et avait pris le titre de Servus Apostolorum (Esclave des Apôtres).

Les "rois allemands" ne pèseront plus très lourd devant l'Église après l'an 1002, dans la foulée des croisades, par la contre-offensive théocratique, où les Papes vont s'enhardir et contester aux Empereurs le droit de nommer les évêques, donc de gouverner leurs terres par des hommes de leur choix. Grégoire VII impose le Dictatus Papae, par lequel, entre moultes autres choses, le roi n'est plus perçu que comme Vicarius Dei, y compris le "Rex Teutonicorum" auquel revient prioritairement le titre d'Empereur. La querelle des Investitures commence pour le malheur de l'Europe, avec la menace d'excommunication adressée à Henri IV (consommée en 1076). Les vassaux de l'Empereur sont encouragés à la désobéissance, de même que les villes bourgeoises (les "ligues lombardes"), ce qui vide de substance politique tout le centre de l'Europe, de Brême à Marseille, de Hambourg à Rome et de Dantzig à Venise.

Par ailleurs, les croisades expédient au loin les éléments les plus dynamiques de la chevalerie, l'Inquisition traque toute déviance intellectuelle et les sectes commencent à prospérer, promouvant un dualisme radical (Concile des hérétiques de St. Félix de Caraman, 1167) et un idéal de pauvreté mis en équation avec une « complétude de l'âme » (Vaudois). En acceptant l'humiliation de Canossa (1077), l'Empereur Henri IV sauve certes son Empire mais provisoirement : il met un terme à la furie vengeresse du Pape romain qui a soudoyé les princes rebelles. Mort excommunié, on lui refuse une sépulture, mais le simple peuple le reconnait comme son chef, l'enterre et répend sur sa pauvre tombe des graines de blé, symbole de ressurection dans la tradition paysanne/païenne des Germains : la cause de l'Empereur apparaissait donc plus juste aux humbles qu'aux puissants.

Frédéric Ier Barberousse tente de redresser la barre, d'abord en aidant le Pape contre le peuple de Rome révolté et les Normands du Sud. L'Empereur ne mate que les Romains. Il s'ensuivra six campagnes en Italie et le grand schisme, sans qu'aucune solution ne soit apportée. Son petit-fils Frédéric II Hohenstaufen, sorte de surdoué, très tôt orphelin de père et de mère, virtuose des techniques de combat, intellectuel formé à toutes les disciplines, doté de la bosse des langues vivantes et mortes, se verra refuser d'abord la dignité impériale par l'autocrate Innocent III : « C'est au Guelfe que revient la Couronne car aucun Pape ne peut aimer un Staufer ! » Ce que le Pape craint par-dessus tout c'est l'union des Deux-Siciles (Italie du Sud) et l'Empire germano-italien, union qui coincerait les États pontificaux entre deux entités géopolitiques dominées par une seule autorité. Frédéric II a d'autres plans, avant même de devenir Empereur : au départ de la Sicile, reconstituer, avec l'appui d'une chevalerie allemande, espagnole et normande, l'œcumène romano-méditerranéen.

Son projet était de dégager la Méditerranée de la tutelle musulmane, d'ouvrir le commerce et l'industrie en les couplant à l'atelier rhénan-germanique. C'est la raison de ses croisades, qui sont purement géopolitiques et non religieuses : la chrétienté doit demeurer, l'islam également, ainsi que les autres religions, pour autant qu'elles apportent des éclairages nouveaux à la connaissance. En ce sens, Frédéric II redevient "romain", par un tolérance objective, ne cherchant que la rentabilité pragmatique, qui n'exclut pas le respect pieux des valeurs religieuses : cet Empereur qui ne cesse de hanter les grands esprits (Brion, Benoist-Méchin, Kantorowicz, de Stefano, Horst, etc.) est protéiforme, esprit libre et défenseur du dogme chrétien, souverain féodal en Allemagne et prince despotique en Sicile ; il réceptionne tout en sa personne, synthétise et met au service de son projet politique. Dans la conception hiérarchique des êtres et des fins terrestres que se faisait Frédéric II, l'Empire constituait le sommet, l'exemple impassable pour tous les autres ordres inférieurs de la nature. De même, l'Empereur, également au sommet de cette hiérarchie par la vertu de sa titulature, doit être un exemple pour tous les princes du monde, non pas en vertu de son hérédité, mais de sa supériorité intellectuelle, de sa connaissance ou de ses connaissances.

Les vertus impériales sont justice, vérité, miséricorde et constance :
  • La justice, fondement même de l'État, constitue la vertu essentielle du souverain. Elle est le reflet de la fidélité du souverain envers Dieu, à qui il doit rendre compte des talents qu'il a reçus. Cette justice n'est pas purement idéale, immobile et désincarnée (métaphysique au mauvais sens du terme) : pour Frédéric II, elle doit être à l'image du Dieu incarné (donc chrétien) c'est-à-dire opérante. Dieu permet au glaive de l'Empereur, du chef de guerre, de vaincre parce qu'il veut lui donner l'occasion de faire descendre la justice idéale dans le monde. La colère de l'Empereur, dans cette optique, est noble et féconde, comme celle du lion, terrible pour les ennemis de la justice, clémente pour les pauvres et les vaincus.
  • La constance, autre vertu cardinale de l'Empereur, reflète la fidélité à l'ordre naturel de Dieu, aux lois de l'univers qui sont éternelles.
  • La fidélité est la vertu des sujets comme la justice est la vertu principale de l'Empereur. L'Empereur obéit à Dieu en incarnant la justice, les sujets obéissent à l'Empereur pour lui permettre de réaliser cette justice. Toute rébellion envers l'Empereur est assimilée à de la "superstition", car elle n'est pas seulement une révolte contre Dieu et contre l'Empereur mais aussi contre la nature même du monde, contre l'essence de la nature, contre les lois de la conscience.
  • La notion de miséricorde nous renvoie à l'amitié qui a unit Frédéric II à Saint-François d'Assise. Frédéric ne s'oppose pas à la chrétienté et à la papauté, en tant qu'institutions. Elles doivent subsister. Mais les Papes ont refusé de donner à l'Empereur ce qui revient à l'Empereur. Ils ont abandonné leur magistère spirituel qui est de dispenser de la miséricorde. François d'Assise et les frères mineurs, en faisant vœu de pauvreté, contrairement aux Papes simoniaques, rétablissent la vérité chrétienne et la miséricorde, en acceptant humblement l'ordre du monde. Lors de leur rencontre en Apulie, Frédéric II dira au "Poverello" : « François, avec toi se trouve le vrai Dieu et son Verbe dans ta bouche est vrai, en toi il a dévoilé sa grandeur et sa puissance ». L'Église possède dans ce sens un rôle social, caritatif, non politique, qui contribue à préserver, dans son "créneau", l'ordre du monde, l'harmonie, la stabilité. Le "péché originel" dans l'optique non-conformiste de Frédéric II est dès lors l'absence de lois, l'arbitraire, l'incapacité à 'éthiciser' la vie publique par fringale irraisonnée de pouvoir, de possession.
L'Empereur, donc le politique, est également responsable du savoir, de la diffusion de la "vérité" : en créant l'université de Naples, en fondant la faculté de médecine de Salerne, Frédéric II affirme l'indépendance de l'Empire en matière d'éducation et de connaissance. Cela ne lui fut pas pardonné (destin de ses enfants).

L'échec du redressement de Frédéric II a sanctionné encore davantage le chaos en Europe centrale. L'Empire qui est potentiellement facteur d'ordre n'a plus pu l'être pleinement. Ce qui a conduit à la catastrophe de 1648, où le morcellement et la division a été savamment entretenue par les puissances voisines, en premier lieu par la France de Louis XIV. Les autonomies, apanages de la conception impériale, du moins en théorie, disparaissent complètement sous les coups de boutoir du centralisme royal français ou espagnol. Le "droit de résistance", héritage germanique et fondement réel des droits de l'homme, est progressivement houspillé hors des consciences pour être remplacé par une théorie jusnaturaliste et abstraite des droits de l'homme, qui est toujours en vigueur aujourd'hui.

Toute notion d'Empire aujourd'hui doit reposer sur les quatre vertus de Frédéric II Hohenstaufen : justice, vérité, miséricorde et constance. L'idée de justice doit se concrétiser aujourd'hui par la notion de subsidiarité, donnant à chaque catégorie de citoyens, à chaque communauté religieuse ou culturelle, professionnelle ou autre, le droit à l'autonomie, afin de ne pas mutiler un pan du réel. La notion de vérité passe par une revalorisation de la "connaissance", de la "sapience" et d'un respect des lois naturelles. La miséricorde passe par une charte sociale exemplaire pour le reste de la planète. La notion de constance doit nous conduire vers une fusion du savoir scientifique et de la vision politique, de la connaissance et de la pratique politicienne quotidienne.

Nul ne nous indique mieux les pistes à suivre que Sigrid Hunke, dans sa persepective "unitarienne" et européo-centrée : affirmer l'identité européenne, c'est développer une religiosité unitaire dans son fonds, polymorphe dans ses manifestations ; contre l'ancrage dans nos esprits du mythe biblique du péché originel, elle nous demande de réétudier la théologie de Pélagius, l'ennemi irlandais d'Augustin. L'Europe, c'est une perception de la nature comme épiphanie du divin : de Scot Erigène à Giordano Bruno et à Gœthe. L'Europe, c'est également une mystique du devenir et de l'action : d'Héraclite, à Maître Eckhart et à Fichte. L'Europe, c'est une vision du cosmos où l'on constate l'inégalité factuelle de ce qui est égal en dignité ainsi qu'une infinie pluralité de centres, comme nous l'enseigne Nicolas de Cues.

Sur ces bases philosophiques se dégageront une nouvelle anthropologie, une nouvelle vision de l'homme, impliquant la responsabilité (le principe "responsabilité") pour l'autre, pour l'écosystème, parce que l'homme n'est plus un pécheur mais un collaborateur de Dieu et un miles imperii, un soldat de l'Empire. Le travail n'est plus malédiction ou aliénation mais bénédiction et octroi d'un surplus de sens au monde. La technique est service à l'homme, à autrui.

Par ailleurs, le principe de "subsidiarité", tant évoqué dans l'Europe actuelle mais si peu mis en pratique, renoue avec un respect impérial des entités locales, des spécificités multiples que recèle le monde vaste et diversifié. Le Prof. Chantal Millon-Delsol constate que le retour de cette idée est due à 3 facteurs :
  1. La construction de l'Europe, espace vaste et multiculturel, qui doit forcément trouver un mode de gestion qui tiennent compte de cette diversité tout en permettant d'articuler l'ensemble harmonieusement. Les recettes royales-centralistes et jacobines s'avérant obsolètes.
  2. La chute du totalitarisme communiste a montré l'inanité des "systèmes" monolithiques.
  3. Le chômage remet en cause le providentialisme d'État à l'Ouest, en raison de l'appauvrissement du secteur public et du déficit de citoyenneté. « Trop secouru, l'enfant demeure immature ; privé d'aide, il va devenir une brute ou un idiot ».
La construction de l'Europe et le ressac ou l'effondrement des modèles conventionnels de notre après-guerre nécessite de revitaliser une "citoyenneté d'action", où l'on retrouve la notion de l'homme coauteur de la création divine et l'idée de responsabilité. Tel est le fondement anthropologique de la subsidiarité, ce qui a pour corollaire : la confiance dans la capacité des acteurs sociaux et dans leur souci de l'intérêt général ; l'intuition selon laquelle l'autorité n'est pas détentrice par nature de la compétence absolue quant à la qualification et quant à la réalisation de l'intérêt général.

Mais, ajoute C. Millon-Delsol, l'avènement d'une Europe subsidiaire passe par une condition sociologique primordiale : la volonté d'autonomie et d'initiative des acteurs sociaux, ce qui suppose que ceux-ci n'aient pas été préalablement brisés par le totalitarisme ou infantilisés par un État paternel (solidarité solitaire par le biais de la fiscalité ; redéfinition du partage des tâches). Notre tâche dans ce défi historique, donner harmonie à un grand espace pluriculturel, passe par une revalorisation des valeurs que nous avons évoquées ici en vrac au sein de structures associatives, préparant une citoyenneté nouvelle et active, une milice sapientiale.

Robert Steuckers (conférence prononcée à la tribune du "Cercle Hélios", Île-de-France, 1995).

lundi 23 avril 2012

Eugen Diederichs et le Cercle "Sera"





SYNERGIES EUROPÉENNES - JUILLET 1998
Eugen Diederichs et le Cercle "Sera"
 

Robert STEUCKERS

Analyse: Meike G. WERNER, "Bürger im Mittelpunkt der Welt", in Der Kulturverleger Eugen Diederichs und seine Anfänge in Jena 1904-1914. Katalogbuch zur Ausstellung im Romantikerhaus Jena 15. September bis 8. Dezember 1996, Diederichs, München, 1996, 104 p. (nombreuses ill., chronologie), ISBN 3-424-01342-0.
- Meike G. WERNER, "Die Erneuerung des Lebens durch ästhetische Praxis. Lebensreform, Jugend und Festkultur im Eugen Diederichs Verlag" &
- Friedrich Wilhelm GRAF, "Das Laboratorium der religiösen Moderne. Zur 'Verlagsreligion' des Eugen Diederichs Verlags"
tous deux in: Gangolf HÜBINGER, Versammlungsort moderner Geister. Der Eugen Diederichs Verlag - Aufbruch ins Jahrhundert der Extreme, Diederichs, München, 1996, 533 p., ISBN 3-424-01260-2.
- Rainer FLASCHE, "Vom Deutschen Kaiserreich zum Dritten Reich. Nationalreligiöse Bewegungen in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts in Deutschland", in: Zeitschrift für Religionswissenschaft, 2/93, pp. 28-49, Diagonal-Verlag, Marburg, ISSN 0943-8610. 


Editeur allemand, qui a fondé sa maison en 1896, Eugen Diederichs se voulait un « réformateur de la vie » (Lebensreformer). Tout à la fois pragmatique et romantique, ses intentions étaient de briser l'ennui, la positivité matérialiste, l'étroitesse des esprits, qui pesaient comme une chape de plomb sur les dernières années du XIXème siècle et les premières du XXème. Diederichs a perçu, longtemps à l'avance, que ce positivisme sans élan conduirait à de dangereuses impasses. Avec son regard synoptique, il a mis tous les moyens de sa maison d'édition en oeuvre pour promouvoir pensées, sentiments et démarches cherchant à sortir de cet enlisement. Diederichs a ainsi rassemblé, dans les collections qu'il publiait, les auteurs réhabilitant le corps (et la « corporéité »), les adeptes du mouvement des cités-jardins en architecture, les réformateurs de la pédagogie qui avaient beaucoup de peine à faire passer leurs suggestions, les pionniers du mouvement de jeunesse, etc. L'objectif de Diederichs était de donner la parole à tous ceux qui se faisaient l'écho des oeuvres de « maîtres à penser » incontestés comme Ruskin, Tolstoï, Herder, Fichte et Schiller. Le noyau rénovateur, dynamique et « énergisant » de leur pensée ou de leurs démarches avait été progressivement refoulé hors de la culture dominante, statique et rigidifiée, pour s'exprimer dans des subcultures  marginalisées ou dans des cénacles tâtonnants, critiques à l'endroit des piliers porteurs de la civilisation occidentale, positiviste et matérialiste. Outre l'art, la voie de l'artiste, trois voies s'offraient, selon Diederichs, à ceux qui voulaient sortir des enfermements positivistes: une rénovation de la tradition idéaliste, un néo-romantisme, une nouvelle mystique. 


Esthétique et énergie chez Schiller 


Deuxième écueil à éviter dans toute démarche anti-positiviste: le repli sur des dogmes étroits, sur des manies stériles coupées de tout, sur des réductionnismes incapacitants, qui empêchent l'émergence d'une nouvelle culture, dynamique, énergique et plurielle, ouverte sur tous les faits de monde. Dogmatisme et rénovation, dogmatisme et vie, sont en effet incompatibles; Diederichs n'a jamais cessé de vouloir mettre cette incompatibilité en exergue, de la clouer au pilori, de montrer à quelles envolées fécondes elle coupait les ailes. Le projet à long terme de Diederichs a été clairement esquissé lors de la célébration du 100ième anniversaire de la mort du poète Schiller, le 9 mai 1905. Poète et penseur du classicisme allemand, Schiller avait aussi mis l'accent sur l'esthétique et l'art, éléments indispensables dans une Cité harmonieuse. Celle-ci ne devait pas exclusivement mobiliser les ressorts de la politique, ou se préoccuper uniquement d'élections et de représentation, mais insuffler en permanence une esthétique, ciment de sa propre durée et de sa propre continuité. Schiller parie sur l'éducation de la personne et sur le culte de la beauté, afin d'avoir des citoyens « harmonieux et éthiques » (harmonisch-sittlich), portés par une « liberté intérieure », autant d'individualités créatrices capables de donner forme à l'histoire.


Comment réaliser l'idéal schillerien du citoyen dans l'Allemagne wilhelminienne, où l'éducation n'oriente nullement les élèves vers l'esthétique, la liberté intérieur ou l'harmonie créatrice? Diederichs, attentif à tout ce qui se passait dans sa ville d'Iéna, découvre en 1908, un groupe d'étudiants rebelles à la positivité pédagogique de la « Belle Epoque ». Cette Jenaer Freie Studentenschaft  s'était créée en mai 1908; un mois plus tard, Diederichs invite ces jeunes gens et filles à participer à une fête solsticiale qu'il finance et organise sur le Hoher Leeden, une hauteur proche de la ville. C'est ainsi que naît le « Cercle Sera ». L'objectif est une réforme anti-autoritaire et anti-positiviste de la pédagogie, de l'éducation, de la vie en général. La volonté des participants et adeptes de ce mouvement culturel étudiant est de forger un style nouveau, qui évitera l'écueil des encroûtements (stilbildend). Mais pour rendre une telle démarche possible, il faut sortir l'étudiant et l'intellectuel de leur tour d'ivoire, restaurer une socialité culturelle et festive, où l'on rit, chante, s'amuse et échange des idées. Diederichs a plusieurs modèles en tête quand il envisage la restauration de cette socialité intellectuelle et festive: 1) le panthéisme et le mysticisme de la bohème poétique berlinoise (le Friedrichshagener Kreis);  2) les cercles culturels de la Renaissance italienne (dont il a appris l'existence par le livre de Jacob Burckhardt Kultur der Renaissance in Italien); 3) l'accent mis par Nietzsche sur le dionysiaque et sur les choeurs bacchiques en Grèce; 4) les traditions allemandes médiévales des danseurs de la Saint-Jean et de la Saint-Guy (Sanct-Johann- und Sanct-Veittänzer); 5) l'esprit des maîtres-chanteurs de Hans Sachs. Cette culture dionysiaque de l'expression et de l'effervescence permet d'expérimenter la communitas  sacrée, de transcender des normes qui, si elles n'étaient jamais transcendées, deviendraient très vite les étouffoirs de la créativité. En effet, la créativité artistique n'est nullement la répétition rituelle des mêmes gestes conventionnels. 


Pour une pédagogie nouvelle 


Raison pour laquelle les fêtes solsticiales du Cercle Sera n'ont jamais été pareilles ni répétitives: Diederichs voulait qu'elles soient chaque fois l'occasion d'injecter dans les esprits de nouvelles idées ou de nouvelles formes. Ainsi la chanteuse norvégienne Bokken Lasson, innovatrice dans son art, participe en 1905 au solstice de la Lobedaburg. En 1906, des groupes de danseurs suédois présentent leurs danses traditionnelles mais réactualisées. En 1907, les jeunes de Iéna présentent de nouvelles danses de leur composition, inspirées des Minnelieder  médiévaux. Chaque fête de mai ou du 21 juin est l'occasion de découvrir une facette de la littérature ou de la pensée panthéiste européenne (François d'Assise, Spiele de Hans Sachs, poésies d'Eichendorff ou de Goethe), mais sous des formes toujours actualisées.


A partir de 1908, l'idéal schillerien, théorisé depuis mai 1905, prend corps et se double de la volonté de promouvoir en Allemagne une pédagogie nouvelle, basée sur la notion d'énergie théorisée par Schiller, sur l'élan vital bergsonien, sur le dionysiaque chanté par Nietzsche, etc. Deux mouvements alimentent en effectifs et en inspirations le Cercle Sera: 1) Les étudiants dissidents de l'Université de Leipzig qui se nommaient les Finken (les pinsons) ou les Wilden (les sauvages) ou encore, plus simplement, les Freie Studenten (Les libres étudiants), dégagés des structures rigides de l'université conventionnelle. 2) Les jeunes du mouvement de jeunesse Wandervogel. Le Cercle Sera recrute une élite étudiante et lycéenne, très cultivée, adepte de la mixité (un scandale pour l'époque!), à la recherche de nouvelles formes de vie et d'une éthique nouvelle. Pour Diederichs, ce groupe « semble enfin réaliser les objectifs sur lesquels l'ancienne génération avait écrit et dont elle avait parlé, mais dont elle espérait l'advenance dans un très lointain avenir ». Désormais, à la suite des fêtes solsticiales et sous l'influence des randonnées des Wandervögel, le groupe pratique les Vagantenfahrten, les randonnées des Vagantes, c'est-à-dire les « escholiers pérégrinants » du moyen âge. On se fait tailler des costumes nouveaux aux couleurs vives, inspirés de cette tradition médiévale. Diederichs espère que cette petite phalange de jeunes, garçons et filles, cultivés et non conformistes va entraîner dans son sillage les masses allemandes et les tirer hors de leurs torpeurs et de leurs misères. Il a conscience de forger une « aristocratie de l'esprit » qui sera un « correctif culturel » visant à transformer les principes politiques dominants, à insuffler le sens schillerien de l'énergie et l'élan vital de Bergson dans la pratique quotidienne de la politique. Mais Diederichs est déçu, après une fête qu'il avait organisée le 7 juin 1913, avec beaucoup d'artistes et d'acteurs: trop de participants s'étaient comporté comme des spectateurs, alors que, se plaignait Diederichs, dans une vraie fête traditionnelle ou hellénique-dionysiaque, il n'y a jamais de spectateurs, mais seulement des participants actifs. Diederichs constatait, non sans amertume, que la fête traditionnelle ne semblait pas pouvoir être restaurée, que la modernité avait définitivement cassé quelque chose en l'homme, en l'occurrence la joie spontanée et créatrice, le sens de la fête. 


De toute l'aventure du Cercle Sera, où se sont rencontrés les philosophes Hans Freyer et Rudolf Carnap, émergeront principalement les méthodes pédagogiques d'enseignement aux adultes, avec Alexander Schwab, Walter Fränzel, Hildegard Felisch-Schwab (pédagogie spéciale des orphelins), Elisabeth Czapski-Flitner, Helene Czapski, Hedda Gagliardi-Korsch.


Les hérétiques sont les seuls esprits créateurs 


Sur le plan religieux, Diederichs se considérait personnellement comme un grand réformateur, plus exactement comme « l'organisateur du mouvement religieux extra-confessionnel ». Il accusait les théologiens du pouvoir, de l'université et des églises officielles d'avoir bureaucratisé la foi, d'avoir enfoui la flamme de la religion sous les cendres du dogmatisme, des intrigues et du calcul politicien. La religion vivante des traditions et de nos ancêtres s'est muée en « histoire morte », a été déchiquetée par le scalpel d'un rationalisme sec et infécond. La démarche de Diederichs était dès lors de « revenir aux racines de notre force (= la religion, la foi) la plus profonde ». Le protestantisme, d'où Diederichs est pourtant issu, est grandement responsable, disait-il, de cette crise et de cette catastrophe: il a donné la priorité au discours (le prêche et les commentaires des écritures) plutôt qu'au culte (festif et communautaire), plutôt qu'aux sentiments, à la sensualité ou à l'émotion. Le réel homo religiosus du début du XXème siècle doit avoir la volonté de rebrousser chemin, de retourner à la foi vive, de tourner le dos à la religion étatisée, au cléricalisme et à l'académisme. Dans cette optique, Diederichs ouvrira les portes de sa maison d'édition à tous ceux que les dogmatiques avaient marginalisés, aux non-conformistes et aux innovateurs qui « osent saisir le religieux de manière explorante et expérimentale ». A plus d'une reprise, il déclare: « Les hérétiques sont les esprits créateurs par excellence dans l'histoire des religions ». Et il citait aussi souvent une phrase de Jakob Grimm: "Savez-vous où Maître Eckehart me touche le plus? [...] Là où il sort de l'étroitesse de la religion pour passer à l'hérésie". En 1901, le théologien totalement hérétique Arthur Bonus (cf. infra), un des auteurs favoris de Diederichs, résumait clairement leur optique: "Les autorités sont là pour être combattues". 


Pour répondre au rationalisme de la théologie officielle et au dogmatisme, Diederichs préconise de faire appel à des modes de pensée holistes, vitalistes et existentialistes. C'est le noyau vital des religions qu'il faut saisir, même au prix d'associations étonnantes, de comparaisons audacieuses, où Zarathoustra va voisiner le Christ, Goethe va se retrouver mêlé à Nieztsche, tout comme Marx à Wagner. Des multiples traditions panthéistes, les auteurs de la maison d'édition de Diederichs vont extraire des motifs et des démarches conceptuelles pour façonner un Dieu qui est tantôt source créatrice de tous les phénomènes de la Vie, tantôt « puissance d'ascension déclenchant une créativité absolue ». Toutes les visions de Dieu chez les auteurs de Diederichs impliquaient un Dieu dynamique, décideur, actif, créatif et animé d'une forte volonté d'action. 


Une religion qui dynamise les volontés


En effet, par le terme « religion », Diederichs n'entendait pas une attitude contemplative, purement intériorisée: son interprétation du phénomène religieux était vitaliste et dynamique, portée par une forte volonté de mener une action dans et sur le monde. Certes, fasciné par la tradition mystique allemande, il n'excluait par l'introspection religieuse, l'importance de l'intériorité et des forces qui y sont tapies, la découverte par la réflexion des profondeurs de la subjectivité, mais ce mouvement de l'esprit vers l'intériorité visait la libération de forces insoupçonnées pour parfaire une action correctrice, esthétisante ou éthique dans le réel extérieur. La religion permet à l'homme d'accroître sa volonté individuelle pour la vie, de rassembler des potentialités pour arraisonner le monde. Dans une brochure commentant ses collections, Diederichs écrivait en 1902: "Une culture religieuse n'est pas tellement dépendante de sa conception de la vie dans l'au-delà [...] Elle veut plutôt réaliser le telos  de cette Terre, qui est de créer dans l'en-deça des individualités de plus en plus fines dans une Règne dominé par l'esprit. Les pures spéculations d'idées sur Dieu, l'immortalité [...] et autres doctrines de l'Eglise cèdent le pas, ne sont plus considérées comme essentielles, et font place à la Vie religieuse, qui correspond aux lois du Cosmos et aux lois de la croissance organique; la religion ne peut dès lors plus être reconnue qu'à ses fruits". En 1903, Diederichs écrit au Pasteur Theodor Christlieb qu'il voulait, avec ses livres, « promouvoir une religion sans regard vers le passé, mais dirigée vers l'avenir ». Pour désigner cette religion « futuriste », Diederichs parlait de « religion du présent », « religion de la volonté », « religion de l'action », « religion de la personnalité ». Avec le théologien protestant en rupture de banc Friedrich Gogarten (« théologien de la crise », « théologien dialectique »), Diederichs évoquait « une religion du oui à la Vie, bref, une religion qui dynamise les volontés ». 


Action et création 


La religion (au sens où l'entendaient Diederichs et ses auteurs), la « théosophie » (terme que Diederichs abandonnera assez vite) et le néo-romantisme visent « une saisie immédiate de la totalité de la vie », afin de dépasser les attitudes trop résignées et trop sceptiques, qui empêchent de façonner l'existence et affaiblissent les volontés. "Plus de savoir mort, mais c'est l'art qui devrait transformer l'âme et les sentiments des hommes et les conduire à l'action pratique" (on reconnait là le thème schillerien récurrent dans la démarche de Diederichs). Parmi les auteurs qui allaient expliciter et répandre cette vision holiste de la vie, Arthur Bonus, autre théologien protestant en rupture de banc, sera certainement le plus emblématique. Dans Religion als Schöpfung  (1902; = La religion comme création), Bonus présente la religion comme une « conduite de la vie », où l'homme se plonge dans la vectorialité réelle du monde, qu'il a d'abord saisie par intuition; il entre ainsi en contact avec la puissance divine créatrice du monde et, fortifié par ce contact, se porte en avant dans le monde sous l'impulsion de ses propres actions. Dans ce sens, la religion est une attitude virile et formatrice, elle est pures action et création. Les églises, au contraire, n'avaient eu de cesse de freiner cette activité créatrice forte, de jeter un soupçon sur les âmes fortes en exaltant la faiblesse et la mièvrerie des âmes transies, incapables de donner du neuf à la vie. Mais Bonus, théologien bien écolé, ne réduit pas son apologie de la vie à un naturalisme voire à certaines tendances maladroites du panthéisme qui dévalorisent  -comme les églises mais au nom d'autres philosophades-  l'action de l'homme créateur et énergique, sous prétexte qu'elle serait une dérive inhabituelle  -et pour cela non fondamentale-  ou éphémère de la matière ou d'un fond-de-monde posé une fois pour toute comme stable, immuable. Bonus réclame l'avènement d'une religion qui ne refuserait plus le monde et son devenir perpétuel, mais pousserait les hommes à participer à son façonnage, à agir avec passion pour transformer les simples faits objectifs en principes spirituels supérieurs. Telle est la « germanisation du christianisme » qu'il appelle de ses voeux. Bonus, bien qu'argumentant en dehors des sentiers battus de la théologie protestante, a suscité avec ses thèses bien des émois positifs chez ses pairs. 


Autre livre qui fit sensation dans le catalogue de Diederichs: l'essai Rhytmus, Religion, Persönlichkeit (= Rythme, religion, personnalité) de Karl König. Dans la ligne de Bonus, la pensée religieuse de König se résume à ces quelques questions: "Entends-tu dans tout le chaos du présent le rythme secret de la vie? Laisse pénétrer ce rythme dans la profondeur de ton âme. Laisse Dieu travailler ta personne, pour qu'il la modèle et la façonne en toi. Ce n'est que là où l'on trouve un centre de force dans la vie spirituelle et personnelle que quelque chose peut se construire et se développer, qui donnera de la valeur à la vie". 


L'objectif de Diederichs, en publiant quelques ouvrages paganisants, plus ceux des théologiens qui abjuraient une foi devenue sans relief, sans oublier les grands textes des traditions européennes (surtout mystiques), chinoises, indiennes etc., était d'opposer à la « phalange du logos » (les néo-kantiens, les phénoménologues et les positivistes logiques), la « phalange des défenseurs de la vie ». 


Robert STEUCKERS

mercredi 18 avril 2012

Robert Steuckers over geopolitieke vraagstukken

Robert Steuckers over geopolitieke vraagstukken

Hier de Nederlandse vertaling door a Vierling van ‘Robert Steuckers s’explique sur le plan geopolitique’ ook hier op de website gepubliceerd. Bijdrage tijdens ronde Tafel maart 2012

Antwoorden van Robert Steuckers aan de Ronde Tafel, inzake de toekomst van de Europese volken, tijdens het colloquium in het kasteel Coloma, maart 2012.

(vertaling van Frans naar Nederlands door Alfred Vierling)

Vraag: Welke positieve reacties ontwaart U thans onder de Europese volkeren?

RS: Daar merk ik weinig van. Twee ervan ,weliswaar geopolitiek gezien van weinig waarde, maar wel betekenisvol et mutatis mutandis (indien aangepast aan andere omstandigheden) navolgingswaardig houd ik gedachtig: Het volksverzet in IJsland en de volkswoede in Griekenland. Eerst dus die IJslandse reactie, die van een klein eilandvolkje van 350.000 inwoners, dat reeds vanaf het prille begin van zijn geschiedenis een waarachtige democratische vertegenwoordiging heeft bedacht en de eerste hedendaagse en wereldlijke (niet religieuse) literatuur van ons continent vorm heeft gegeven. In dat landje zijn de verantwoordelijken voor de crisis van 2008, de vuige banksters die zo verwerpelijk hebben zitten speculeren, voor de rechter gesleept, evenals premier-minister Haarde, die hun smerige streken had afgedekt, terwijl in Belgie de Dexia Commissie er maar oppervlakkig overheen fietst en men hier nog niet zo gauw de toch echt wel verdiende opsluiting van Dehaene zal meemaken. In IJsland zitten dus hun walgelijke evenknieen achter slot en grendel of althans voor de rechter. Deze gezonde reactie ging gepaard met de weigering van de IJslanders om de buitenlandse banken, welke hadden meegedaan aan het verruineren van hun land. Ze hebben een grondwetswijziging doorgevoerd waarblijkens speculeren uitdrukkelijk wordt gestipuleerd als misdrijf en overdracht van soevereiniteit voortaan worden veroordeeld of bijgeval aan een referendum worden onderworpen. De IJslanders hebben blijk gegeven van een politieke wilskracht: Ze leverden het bewijs, dat in het westen, waar de economie op subtieler wijze alles bepaalt, het primaat van de politiek kan terugkeren. Met als resultaat, dat IJsland thans weer een in het oog lopende economische opbloei beleeft.

De rest van Europa is in diepe apathie weggezonken.

In Griekenland echter zijn we getuige van nog gewelddadiger rellen dan die Athene vorig jaar op zijn vesten deed schudden. Het volk weigert het diktaat van banken, het IMF en de Eurocratie. Belgische massamedia hebben op straat mensen lukraak ondervraagd, van wie er drie fel lucht gaven aan hun waarschuwing: Zo meteen zijn jullie aan de beurt! (hodie mihi cras tibi). Dat is nog eens een realistische vooruitziende blik. In feite zijn de slappe lafhartige en slijmerige politici, die de boplichters en bankiers niet bij dageraad door de politie durven laten oppakken onder oog van de media om ze zo aan de schandpaal te zetten (name and blame) , verantwoordelijk voor de enig mogelijke uitkomst op middellange termijn: De totale teloorgang van de Staat en de vergriekenlanding lees verpaupering van onze samenleving. Maar ondanks deze woedeuitbarsting in de straten van Athene hebben de Grieken en de Italianen ook trouwens, dus in tegenstelling tot de IJslanders, een regering moeten slikken, die wordt gevormd door economen, bankiers en technocraten, die niets gemeen hebben met de bevolking en dus gespeend zijn van enige democratische legitimatie. De dictatuur is dus weer terug op het Europese toneel, niet als massaal toegewuifde macht of als een duveltje voortgekomen uit de stembussen zoals we die nog onlangs op ons continent hebben gezien, maar een heerschappij zonder toejuichingen, zonder legitimatie door verkiezingsuitslagen, die klaar staat om hele Griekse en Italiaanse gezinnen naar de sodemieter te helpen. Waar zijn toch die anti-autoritaire provos gebleven en de actievoerders zoals tegen Franco of het Griekse kolonelsregiem?

In Frankrijk zijn de belangrijke lessen van het Gaullisme uit de jaren 60 vergeten. Geen enkele gezonde reactie kan men van het neoliberale Sarkozisme verwachten. In Spanje verdient de beweging van verontwaardigde burgrs wel sympathie maar wat levert het op? Jean David vertelt, dat Spanje thans 4 miljoen werklozen kent, maar ook een liberale regering die het IMF beleid uitvoert en onpopulaire maatregelen voorstaat, zoals ook bij ons al in een veel te vroeg stadium mensen als Decroo ( aardje naar zijn vaardje) of een Reynders (hooggeplaatste van BNP) namen.

Die Spaanse actiebereidheid van verontwaardigden toont nu juist aan dat elk jeugdprotest voortaan wordt gesmoord in wat de betreurde Phillippe Muray placht te noemen Festivisme (langlevedelollogie). Een demonstratie voor wat echt op het spel staat verwordt tot een Woodstock happening, waar de bankiers noch hun neoliberale werktuigen van onderste boven liggen. Het gevaar van links komt helemaal niet van zijn tegendraadse natuur en verzet tegen de autoriteiten, maar van zijn neiging de pot te verteren in feestgedruis. Deze alles doordrengende lang-leve-de-lol levenshouding die op emoties en verlangens bouwt dood feitelijk alle politieke reflexen voortkomend uit ernstige wezenlijke bestaansdreigingen en doodstrijd. ( Ernst Juenger, Armon Moehler) en uit het zich rekenschap geven van een pessimistische maar vooruitziende risico-inschatting van het allerergste.( Clement Rosset). Voorbeelden te over die het afglijden van de schijnbaar revolutionaire ideeen uit 1968 naar een feestelijke klucht aangeven: De loopbaan van Daniel Cohn-Bendit bewijst het ruimschoots, die nep-revolutionair uit Nanterre 1968, die pseudo-marxistische taal met sexuele obsessies doorspekte en nu thans een bondgenoot van de neoliberale Thatcher adept Guy Verhofstadt is als het erom gaat om binnen de muren van het Europarlement elke van het volk uitgaande natuurlijke politieke reflex te verguizen, of als het welk initiatief dan ook betreft door een of andere opportunist, zoals Sarkozy, om de natuurlijke reactie van de bevolking te misbruiken voor welk beleid dan ook om er alleen politiek munt uit te slaan, maar welk beleid, mits echt tenuitvoergelegd, toereikend de belangenbehartiging van de banksters zou ontwapenen.

De Nederlandse politicoloog Luk van Middelaar maakte gewag van een cultuur onder Franse filosofen van ‘politicide’, het om zeep brengen van het politiek strijdtoneel, dat gepaard ging met de ontwikkeling van een onwrikbare staatsleer, welke de republiek gestaag heeft getracht te doen zegevieren op eigen grondgebied. Of je nu denkt aan Sartre in zijn toespraken gericht aan de demonstranten uit 1968, Michel Foucault of de neo-nietzschianen die de vreugdevolle bevrijding eisten van de ‘wensmachines’, de nog eens hernieuwde neokantiaanse post-marxistische moralisten, die niet terug hadden van de door hen plotseling ontdekte gruwellijkheden van de ‘Goelag’ bij hun oude bondgenoten, de ‘ Soviets’ in de jaren 70, dan wel aan de hysterische supermoralisten van de heersende of de door deze massaal aangeprezen ‘ meelevende republiek’ , de Franse intellectuelen hebben bij voortduring een moordaansalg op de politiek gepleegd, die alleen maar naar een doodlopende weg kon voeren. Een impasse, waarin we ons nu bevinden, aldus Luc de Middelaar in zijn ‘ Politicide- De moord op de politiek in de Franse filosofie’, vGennep, Amsterdam 1999)

Dus moeten we een metapolitiek strijd voeren om ons radicaal los te maken uit de moorddadige greep van de ‘lang-leve-de-lol’ mentaliteit en ons te weren tegen de alles vernietigende en uitwissende werking van de apathie, waarin het merendeel van onze medeburgers behaaglijk voortdommelt.

Vraag: Aan welke gevaren zal een weer ‘populistisch’, in de goede zin des woords, geworden Europa worden blootgesteld?

RS: Om nou een hele lijst gevaren die ons bedreigen op te stellen is onbegonnen werk. Neem nou die speculatie tegen de Euro als symbool van ontbrekende souvereiniteit en politieke machtsvorming binnen de Europese bureaucratie, dan zien we toch dat die vijandige aanvallen allemaal van de andere kant van de Atlantische oceaan komen, preciese gezegd vanuit de speculatieve sector van de Amerikaanse bankwereld. Ik kan alleen maar concluderen dat die speculatie tegen staten en hun valuta, waar Azie al in 19997 mee te maken kreeg, een betrekkelijk nieuwe wijze van indirecte oorlogvoering is. Saddam Houssein wilde zijn olie in euros verhandelen en ook Ahmedinedjad wilde dat gaan doen met Iraanse olie en gasvoorraden. Maar daar hebben de BRIC landen(Rusland, China, India en Brazilie) vooralsnog een stokje voor gestoken. De euro betekende dus het grootste gevaar op korte en middellange termijn voor de VS, want die stond op het punt Koning Dollar van de kroon te stoten. Europa, die beschaafde en vreedzame macht (Zaki Laidi) zou dus zonder blikken of blozen de Koning schaakmat hebben gezet, nou en dus moest erop los geslagen worden op dat instrument van Europese souvereiniteit en wel in haar zachte mediterrane onderbuik. Die mediterrane landen de PIGS (Portugal, Italie, Griekenland, Spanje) zijn echt wel de kwetsbaarste en gemakkelijk uit hun evenwicht te brengen met als gevolg een mogelijk domino-effect om zodoende tevens de economisch sterkste landen van de oude Duitse mark-zone te verzwakken. { Ja, Belgie wordt bedreigd, oosterrijk heeft een ‘A’ verloren, en Nederland is ongerust in zijn zwak te worden getroffen, want die kennen hun achilleshiel wel}. Duitsland rooit het nog wel gelet op zijn gasovereenkomsten met Rusland en de markten die het op grote schaal creeert in China. Het blijft ook sterker doordat het beter is verbonden met de BRIC landen, het mikt heimelijk op het uitspelen van een Euro-aziatische kaart zonder met veel ophef zijn officiele atlantische optie te ontkennen. Oud-kanseliers Schmidt en Schroeder hebben zich verheven tot een spilpositie in de garantstellingen die met de energie-as Berlin-Moskou gepaard gaan, de huidige belichaming van de accoorden tussen Rathenau en Tchitcherine, gesloten in 1922.

Om nog even terugf te komen op Griekenland, dat nu aan diggelen ligt, daar hebben ze het dan vaak over de zorgeloosheid van de Griekse politici met hun demagogische beleid waar de welvaartstaat bizonder vrijgevig was en weinig toekeek( honderden blinden hadden een rijbewijs) en over het finaciele gat geslagen door de organisatie van de Olympische Spelen in 2004, maar men laat merkwaardig genoeg de enorme kosten achterwege die de grote bosbranden die twee jaar lang achter elkaar land en opstal in het hele land teisterden, met zich meebrachten. Het vuur heeft op het land tot in de voorsteden huisgehouden op een ongekende schaal. Zo verging het ook het Rusland van Putin, ook al zo loppig in verzet tegen de diktaten van de ‘ nieuwe wereld orde’, dat ook al op zijn grondgebied branden onderging van een in de geschiedenis ongehoorde omvang.

Zijn die branden wel toe te schrijven aan de grillen van de natuur, of zijn ze een betje al te snel op het conto van de veronderstelde ‘ opwarming van het klimaat’ geschreven? O hebben we hier te maken met de uitlopers van nog weer eens een andere vorm van ‘ indirecte oorlogvoering’? Dat mag je je toch werkelijk afvragen.

Zo wordt er ook gesproken van het project HAARP, van de mogelijkheid kunstmatig seismische en andere rampen uit te lokken. De tsunami heeft wel vorig jaar Japan van zijn atoomopwekking beroofd, hetgeen op korte termijn leidt tot de gehele ontmanteling van zijn nucleaire sector en te denken valt ook aan de buitengewoon hevige stormen die Frankrijk enige jaren geleden onderging, onmiddellijk na het aldaar gerezen enthousiamse over een mogelijkje as Parijs/Berlijn/Moskou. Zijn hetr allemaal toevaligheden? Dat zijn toch vragen die nauwe bestudering verdienen, zoals de uitgever ‘ Kopp-Verlag’ doet.

Het wapen van wilde stakingen is tegen Chirac ingezet in 1995, na zijn kernproeven bij het Mururoa atol. Sommige Franse vakbonden met als kern trotskistische of lambertisische elementen, socio-economische tegenhangers van de ‘ nieuwe filosofen’ die in de openbare ruimte ageren worden naar bekend ondersteund door de CIA (of door de ex-OSS om de ouwe communisten te neutraliseren). Frankrijk leeft voortdurend onder het zwaard van Damocles, een volledige lamlegging bv door vrachtwagenchauffeurs die zijn (toegangs-)wegen kunnen afsluiten. Zo heb je niet eens een oranje-revolutie nodig in Frankrijk.

Blijft dus nog het werkelijke gevaar van een ‘kleurrijke revolutie’ over, naar het voorbeeld van wat slaagde in Georgie in 2003 en die Sakashvili aan de macht bracht. Maar men doorziet de truc nu en het werkt dus niet meer zo optimaal,ondanks een zeer goed opgeleide beroepsbevolking die al bij het begin van de Servische beweging OTPOR werd gerecruteerd. Zo wordt korte mette gemaakt met de uitwas van de ‘oranjerevolutie’ in de Ukraine van 2004, nl een toenadering van het land tot de atlanische en eurocratische verdragsorganisaties onder druk van de geopolitieke werkelijkheid. De Ukraiense ruimte wordt bepaald door de grote rivieren (Dniestr, Dniepr, Don) en de Zwarte Zee. Het staat ook in verbinding met de Russische laagvlakte in het noorden. De laatste poging van een ‘oranjerevolutie’ om Putin te laten vallen liep uit op een falikante mislukking: De peilingen wezen op 66% van de voorgenomen stemmen voor de Russische eerste minister. Maar wat nog erger is voor de westerse handlangers: de absolute meerderheid gaat niet naar de beweging van Putin, maar ook voor een derde naar communisten en nationalisten (Ziouganov en Jirinovski) en dus niet naar de voorvechters van een herorietering op het westen van Rusland, met zijn oligargen en verdorven zwakbegaafde politiekelingen.

De ‘ Arabische lentes’ zijn weer een andere manier om de massa’s in beweging te zetten teneinde potentiele markten open te breken, wat de arabisch-islamitische staten eigenlijk zijn. Traditionele staatkundige verbanden en stamgebonden corrupte structuren hebben slechts in Tunesie en deels in Egypte gefunctioneerd. Maar in Syrie lukt het niet en dus is men bezig Syrie een soort Libanese toekomst te bereiden….

De Europese landen worden tenslotte gerkekend tot de landen met de zwakste politieke identiteit. Afgezien van die speculatie tegen de euro. Welk ander instrument heeft men nog op de plank om Europa te doen vermurwen mocht het bij de lurven worden genomen? De Amerikaanse ambassadeur Jeremy Rifkin praatte zijn mond voorbij door openlijk over het gereedschap te spreken dast zal worden gebruikt om de Westeuropese samenlevingen te destabiliseren, mochten die zich te koppig gaan verzetten. Dan werpen we hun het uitschot uit de probleemwijken voor de voeten. Jeremy Rivkin wijst hier onomwonden op de mogelijkheid de massa-immigratie uit de probleemwijken te mobiliseren om zo een tegenstribbelende regering te laten vallen of uit het zadel te werpen. Sarkozy moet als geen ander weten dat hij aan de macht kwam als gevolg van de rellen in de Franse voorsteden in november 2005. ((AV:In Frankrijk zijn dat de etnische probleemwijken)). Die rellen hebben al gediend om Chirac weg te vagen, de voorstander van de as Parijs/Berlijn/Moskou. Ze kunnen dus ook voor zijn val worden gebruikt zodra hij niet wijselijk in het vaarwater van de Amerikaanse alleenheerschappij blijft varen en het Groot-Brittanie van Camaron als bevoorrechte bondgenoot aanhoudt.

 Guillaume Faye heeft al voorspeld, dat Frankrijk zich niet voor eeuwig met die rellen in de voorwijken kan wegkomen, zeker niet als die tegelijkertijd in verschillende agglomeraties uitbreken, dus niet alleen in het beruchte departement 93 bij Parijs, maar ook in Lyon, Marseille et Lille. De salafistische netwerken zoals de lambertisten, staan klaar om de Amerikaanse troef uit te spelen ten koste van hun gastlanden, voorop Saoudi-Arabie, de geldschieter van de wahhabieten uit de salafistische bewegingen, als onvoorwaardelijk bondgenoot van de Verenigde Staten.

Vraag: Wie zijn de vijanden der Europese volken van binnen uit en van buiten af in het huidige speelveld?

RS: Laten we beginnen met die van buiten want die van binnen zijn ervan slechts de handlangers. De buitenlandse vijand is de genoemde alleenheerser die ons niet op gelijke voet duldt zoals je logisch doet met al je trouwe bondgenoten, al sinds de Romeinen. Men gooit ons dus steeds terug in de onderwerping door elke keer weer maar nu met de subtielere middelen eigen aan de indirecte oorlogsvoeringswijzen elke nieuwe economische of politieke opleving van Europa te breken. Die alleenheerser is een zeemacht, die heerst over niemandsland: de oceanen en de ruimte en legr ons daarbij allerlei internationale regels op die van dag tot dag verschillen en altijd te zijnen gunste worden uitgelegd. Ik duid hier met luide toon op de Verenigde Staen zoals beschreven door zo iemand als Carl Schmitt, al is het hier niet de plaats om zijn diepzinnige en rake reflexen in herinnering te brengen omtrent de willekeurige en perfide bedenksels aan kneedbaar en mankgaand internationale rechtsregels gedienstig aan het ‘ Wilsoniaanse denken’ en gericht op het laten oprukken van de pionnen van het Amerikaans imperialisme in de wereld of op het alles wegvagende proces van een soort ebola-virusachtige verwording van diplomatieke zekerheden en tradities tot een vormloze brei, welke door die trouweloze regels wordt uitgebraakt. Toegankelijker zijn de richtlijnen van de Amerikaanse strateeg Nicholas J. Spykman, samengebracht in een vademecum als aanhangsel bij zijn werk uit 1942: America’s Strategy in World Politics.

Voor hem had Europa in zijn tijd nog 10 troeven in handen die het superieur aan Amerika maakte, die ik elders heb opgesomd (Zie’Theoretisch panorama van de geopolitique’, in ‘Orientations nr 12, zomer 1990-91). Hij putte inspiratie bij een Duits geo-politicoloog uit de school van Haushofer, een zekere Robert Strauss-Hupe die naar de VS uitweek na de machtsgreep door de nazis wegens zijn ietwat joodse afkomst. Nou ja laat ik eens drie van die troefkaarten die volgens deze mensen nodig zijn voor het kaliber van een supermacht zoals nu de VS noemen:
 Een uitmuntend school- en universitair onderwijssysteem, ethnische saamhorigheid en een min of meer zichzelf onderhoudende economie (of althans, zoals later de Fransen Francois Perroux en Andre Grjebine stelden, gericht op de opkomst en de consolidatie van een economisch blok met de VS dat de markten van Azie , Afrika en Latijns Amerika kan veroveren en op lange termijn zijn posities daar kan bestendigen.)

Om nu dit goede onderwijssyteem te slopen was er mei 1968 met zijn stoet aan nieuwe lulkoekopvoeders en navenante lamawaaien-mentaliteit, gevolgd door een aan ‘rechts’ toegeschreven neoliberaal offensief dat opvoedkunde louter in dienst stelde van gemakkelijk te verwerven louter praktische vaardigheden ten koste van de humaniora, de klassieke menswetenschappen die totaal werden verbrijzeld. Ook hier weer liep het met het 1968 sausje overgoten linkse lang-leve-de-lol hedonisme hand in hand met de op de praktijk gerichte neoliberale doctrine om zo gezamenlijk de verworvenheden van onze beschaving te niet te doen en slechts door hun verbeelde verzet, dat in de media breed werd uitgemeten om zo de indruk te wekken dat er democratische alternatieven denkbaar zijn, de massa’s aan zich wisten te binden. Om de ethnische saamhorigheid te breken heeft men Europa eerst van zijn reservoir aan aanvullende arbeidskrachten, Oost-Europa, afgesneden en voorts de integratie- en assimilatieprocessen gedwarsboomd met hulp van de wahhabitiscvh/salafistische netwerken die aan Saoudi-Arabie ondergeschikt zijn, dat goedkope olie aanbood als Europa zijn grenzen openstelde aan de hele moslim invasie); daarnaast bereidt men zich voor om met ambassadeur Rivkin te spreken op de ophitsing van de ontwortelde nieuwe bewoners die in probleemwijken met allerlei kleuren en religies door elklaar zijn gehutseld, teneinde het staatsapparaat en de samenleving als geheel buiten functie te stellen door het in gang zetten van etnische burgeroorlogjes in de grote stedelijke gebieden; In Duitsland dreigen Erdogan en Davutoglu ermee ten koste van de Duitse staat de paralelle Turkse gemeenschappen zo’n rol te laten spelen, waarbij je moet bedenken, dat het neoliberalisme uiteindelijk alle ‘economieen-in-de-diaspora’ voortrekt en doet opbloeien, dus ook die Turkse netwerken, die aanvankelijk sterk zijn geent op de heroine handel; Tenslotte zal de voortdurende afgedwongen ‘politicide’, vooral in Frankrijk, geen enkel herstel toelaten van het politieke besluitvormingsproces inzake onze existentiele keuzes, in de zin van Julien Freund. Daarzonder riskeren we de totale en definitieve ondergang.

Kijk, we zien duidelijk dat de alleenheerser die onze oplevingen wil afremmen alom voor het moment opportunistisch bondgenoten om zich heen verzamelt, die niet de voornaamstre vijand zijn maar wel straks zijn handlanger. Het verzet in Turkije dat door de media sterk werd aangezet na de botsing van Erdogan met zijn Israelische tegenhanger te davos en die zaak van Turkse schepen met medicamenten voor de Palestijnen in Gaza is maar een show om de arabisch-islamitische volksmassa’s te vermurwen. De Turkse buitenlandse politiek is erdoor nauwelijks veranderd, ook niet door de neo-ottomaansetoespraak van Davutoglu, die gewag maakte van ‘ geen problemen met de buren’ en moslim solidariteit. Kijk, in Syrie stond al sinds augustus 2011 Turkije pal achter de Amerikaanse alleenheerser.: Erdogan, Guel en Davotoglu hebben geprobeerd el Assad te laten buigen door de ‘ moslimbroeders’ in zijn regering toe te laten en op te houden de aloeieten , dat zijn aanhangers van een meer shiitische islam, te bevoorrechten en af te zien van de scheiding kerk en staat , dus afzien van het beginsel van geen staatsbemoeienis met geloofszaken, zoals door de seculiere ideologie van de baath partij altijd is voorgestaan en elke discriminatie tussen soenieten, chiieten, aluieten en druzen verbiedt, alsmede op te houden met de bevoorechting van arabische en armeense christenen. De baath partij was t.a.v. de religieuze neutraliteit veel soepeler dan het Turkse kemalisme voordat het door Erdogan en zijn AKP van de troon werd geschopt, gelet op de ontstentenis aan institutioneel geweld tegen de bestaande religieuse Syrische volksdelen. Thans komen de wapens voor de opstandelingen in Syrie, de zgn. Afghaanse of Lybische huursoldatenb binnen via Turkije en dan door Irak of Jordanie, die de strijd aangaanmet het Syrische leger. Trouwens je moet bedenken dat de Turkse geopolitiek niet verenigbaar is met een samenhangend Europees geopolitiek beleid.: De onderliggende doeleinden van Turkije gaan helemaal niet dezelfde kant op als die van de Europese mochten die ooit eens samenhangend worden en voor heel Europa gaan gelden: Turkijke wil bijvoorbeeld indirect weer voet op de Balkan zetten, terwijl dat eigenlijk voor Europa slechts een springplank moet zijn naar de Levant en de verdere Oostmediterrane kuststreek en het Suezkanaal. Het huidige Turkse grondgebied is echter al een doorvoerzone voor de iimigratienuit het Nabije-Oosten, Het Midden-oosten en (Voor-)Azie naar Europa, met name om binnen te dringen in het Schengengebied. Turkije sluit zijn grenzen niet en laat ondanks enorme subsidies van de Europese Commissie doodleuk honderduizenden toekomstige illegalen door op weg naar de Europese Unie. De politie en grensdouane van Griekenland zijn dus overbelast. De Griekse financien zijn door deze Sisyphus taak geheel uit het lood geslagen en dus ook door die bosbranden op enorme grote schaal en niet zozeer zoals de neoliberale media ons op de mouw spelden door fiancieel wanbeheer m.b.t. de Olympische Spelen van 2004 en door enige duizenden miserige Grieken die hun Sociale dinest hebben pootje gelicht.

 Om die enorme aanzwelling van economische vluchtelingen te stuiten, die dus niet in verhouding staat tot wat zich in lampedusa bij Sicilie of Feuerteventura op de Canarische eilanden aandient, geeeft de europese Commissie maar een mieserig klein bedrag vrij om slechts 200 armzalige marachaussees uit te sturen die dan een grens moeten bewaken die vanaf de Thracische landengten eerst naar de Egeische eilanden en Rhodes helemaal doorloopt naar de Dodecanesos (12 eilanden).
 Het agentschap Frontex dat in theorie alle buitengrenzen van het Schengengebied moet afsluiten en erin de onevenwichtigheden welke een ongebreidelde immigratie met zich meebrengt moet voorkomen ontvangt in werkelijkheid maar een schijntje aan financien en blijkt een lege dop te zijn.

Men weet dat al wat die salafisten en wahhabieten uitvreten uiteindelijk op afstand wordt aangestuurd door de Amerikaans-Saoudische tendem en dat dit al zich uitstewkend leent om operaties van indirecte oorlogsvoering te plegen, die ook wel ‘low intensity war’ en ‘false flag operations’ heten. Pim Fortuyn werd niet zozeer als ‘ islamofoob’ vermoord als wel omdat hij de Nederlande deelneming aan de operaties in Afghanistan wou stopzetten. ((AV: Zie mijn eigen artikel: Ook wegens zijn wil niet deel te nemen aan het Joint Strike Fighter project en de afschaffing van het Nederlandse leger behoudens de marine)). Men rekruteert een moordenaar uit de Marokkaanse gemeenschap van Molenbeek om commandant Massoud om te brengen om hem niet de macht te laten grijpen na de val van de Taliban, zoals gepland door het Pentagon. Men stuurt een Jordaanse fundamentalist op weg om de leiding te nemen van het Tchetcheense verzet op het traject van een oliepijp die de Russische en Kazakhse grondstof zou brengen naar de Zwarte Zee en ga zo maar door. Rusland, de belangrijkste leverancier van brandstoffen aan West-Europa wordt in de Noord-Kaukasus verzwakt door fundamentalistische Tchtetchenen en Daghestani maar ook en vooral, zoals ons meldt de Duitse waarnemer Peter Scholl-Latour door een potentieel wahhabitische (en dus indirect Amerikaanse) interventie in zijn twee moslim republieken Tatarstan en Baschkirtostan. Als die twee republieken door burgeroorlog ten onder gaan of de fundamentalisten aan de macht komen wordt het grondgebied van de Russische federatie letterlijk in tweeen geknipt ter hoogte van de OeraL alleen het hoge noorden buiten beswchouwing gelaten, dus boven de toendragrens.
 Europa wordt alsdan dus teruggebracht tot wat het was aan het begin van de zestiende eeuw: dus voor het geraas van de troepen van Ivan de Verschrikkelijke en Fiodor I die vanuit de Moskouse regio heel de loop van de Wolga tot en met Astrakhan (1556) veroverden. Kazan, de latere hoofdstad van de Tartaren viel in 1552. Pewter Scholl-Latour wijst erop, dat de Tartaren zelden warm lopen voor hewt wahhabisme uit Arabie of voor de egyptische moslimbroeders van Hanna al-Banna en Sayyid Qutb en een moderen islam voorstaan die met het Europese en Russische modernisme verenigbaar is, men noemt het ‘ yadidisme’ of de ‘Tartaarse weg’, waarvan de huidige bedenker Rafael Chakimov is. Die verzette zich tegen de wahhabitische eis arabische zeden en gebruikem uit de 7de en 8ste eeuw over te nemen. Aanhangers van Chakimov hebben thans dan wel nog de meerderheid in Tatarstan maar ze meosten toch wel optreden tegen de praktijken van de moskee ‘ Yoldiz Madrassa’ in de industriestad Naberechnie khelny, die werd opgehitst door onderwijskrachten uit Saoudi-Arabie. Ze werden verjaagd omdat enige van hun leerlingen zich bij de Techtcheense rebelen hadden aangesloten. De toekomst ligt nog open voor deze oevers van de Karna, zijrivier van de Wolga die ver in het Noorden ontspringt bij de toendras, maar de alleenheerser kan met zijn Arabische bondgenoten er rotzooi gaan trappen en tegen het Tartaarse ‘yadidisme’ ten strijde trekken of er een soort panturkisme nieuwe leven in blazen (zie l’islam de Russie-Conscience communautaire et autonome politique chez les Tartars de la Volga et de l’Oural depius le VVIIe siecle, Stephane A. Dudoignon, Daemir Is’haqov et Raefyq Moehaemmaetshin, ed. Maisonneuve & Larose, Paris 1997; Peter Scholl-Latour, Russland im Zangengriff-Putin’s Imperium zwischen NATO, China und Islam, Propylaeen Verlag, Berlin, 2006).

Laten we nog iets zeggen over de vijanden onder ons. Ik zal er drie noemen. Eerst het volkomen parasitaire baksysteem dat een ware plutocratie in het zadel heeft geholpen en niets endan ook helemaal niets met democratie heeft te maken. (Pierre-Andre Taguieff en Jean-Francois Kahn worden hierdoor gerehabiliteerd). Daar hangen dan systemen als de supermarkten aan die op voedselprijzen speculeren en in Frankrijk schuldig duurder zijn dan in omringende landen, veel primaire levensbehoeften zijn er duurder dan in in de Duitse schappen. En ook de de ermee verbonden energiesector, die extreem hoge gas- en electriciteitsprijzen afperst van de consument. De onevenwichtigheden die door de enorme omvang van deze geprivatiseerde, of semi-geprivatiseerde para-statelijke structuren worden veroorzaakt moeten weer in het gelid gebracht worden, willen we niet dat de meest intieme bouwstenen van onze maatschappij door ze worden vergruisd. Ten tweede noem ik de neoliberale ideologie en zijn vertakkingen met vooraan ex-premier Guy Verhofstadt die het ‘ regenboogkabinet’ leidde, een verbond tussen het neoliberalisme en het linkse feestgedruis. Want die ideologie smoort onder het masker van zijn goede bedoelingen elke echt opbouwend verzet. En dan hebben we dus als derde die uitzaaingen van ethnische groepen, de zeer manipuleerbare diaspora, let wel ze zijn het volgens eigen zeggen van ambassadeur Rivkin en van het tendem Erdogan/Davutoglu.

Doel moet dus zijn de exponentiele ontwikkeling van de parasitaire plutocratie te beteugelen, ze grenzen en controles opleggen en ze onderwerpen aan een rechvaardige belastingbijdrage, het Romeinse mulcto of multo en tevens moet er gewerkt worden aan een stevige ethnische basis zonder telkens weer automatisch te worden bestraft als geldt het een strafbaar feit. Hewt neoliberalisme en zijn afgeleide denkconstructies is een ideologie van ‘politicide’, een moordaanslag op het politiek uiten van een gemeenschap en dus staatsgevaarlijk, ook op Europees niveau. Die ethnische uitzaaingen bij ons, de manipuleerbare diaspora kunne als vijfde colonnes gaan dienen, omdat ze vooral onder dreiging van Erdogan/Davutoglu recht kunnen krijgen op hun eigen rechtsstelsels, souvereiniteit in eigen kring. Nou ga er maar aan staan, je kunt deze planeet niet redden met halfzachte maatregelen.
 

Panorama des foyers de crise en Eurasie

SYNERGIES EUROPÉENNES - mars 2000
Atelier MINERVE

Guerre du Golfe, Guerre du Kosovo, Guerre médiatique contre l'Autriche
 
Panorama des foyers de crise en Eurasie
 
Conférence de Robert Steuckers à la tribune de la Brünner Burschenschaft "Libertas", Aix-la-Chapelle, le 3 février 2000

Intervenir aujourd'hui sur la Guerre du Golfe seulement, comme c'était prévu au départ, n'est plus possible, car le Golfe n'est plus le seul foyer de tension au Moyen-Orient, même si les bombardements anglo-américains continuent, tout aussi cruellement pour les populations civiles, mais dans une relative discrétion médiatique. Ailleurs, les conflits se sont succédé en chaîne depuis la victoire américaine sur les troupes de Saddam Hussein en 1991. Le Golfe a été le prélude d'une guerre de grande ampleur et à strates multiples, une guerre rendue possible par l'effondrement de l'URSS et de la Russie.

Autour du Golfe, mer intérieure de l'Océan Indien qui s'enfonce le plus profondément dans la masse continentale eurasiatique, quatre espaces géopolitiques importants, reliés entre eux, se juxtaposent. 

Au Sud, l'Océan Indien (avec la base américaine de Diego Garcia), la péninsule arabique (l'Arabie Saoudite et les Emirats), la Corne de l'Afrique, forment un complexe géostratégique, auparavant structuré par l'Empire britannique.

Au Nord du Golfe, nous avons la Mésopotamie, irriguée par les deux grands fleuves que sont le Tigre et l'Euphrate, qui est depuis des millénaires une région écouménique et le foyer d'empires successifs. Ce territoire est aujourd'hui celui de l'Irak, objet de la Guerre du Golfe en même temps que le Golfe lui-même. Au Nord de la Mésopotamie proprement dite, se trouve le Kurdistan, animé par des revendications indépendantistes et sécessionnistes.

A l'Est, l'espace iranien/persan, aux frontières relativement stables depuis près de 500 ans. 

A l'Ouest, la portion occidentale du ³Croissant Fertile², avec le Liban et la Palestine/Israël, où les futurs conflits tourneront autour de la problématique de l'eau, denrée rare en Israël, motif des principaux contentieux qui opposent le peuplement juif récent et les Arabes de Palestine, concentrée en Cisjordanie. Les négociations récentes entre Israël et la Syrie pour la rétrocession des hauteurs du Golan occupées par Tsahal, apportent un éclairage nouveau sur cette problématique épineuse.

Les zones d'affrontement chaudes, à l'heure actuelle, se situent également dans le prolongement géographique du territoire irakien, en direction du Nord, et ont le même objet: le pétrole. En effet, la principale zone d'affrontement aujourd'hui est l'espace qui couvre d'Est en Ouest la Mer Caspienne, le Caucase, la Mer Noire, les Balkans, le cours du Danube (ce qui nous amène directement chez nous en Mitteleuropa) et englobe, plus au Sud, le bassin oriental de la Méditerranée, avec, en son centre, une île hautement stratégique, Chypre, scindée en deux portions, l'une grecque, l'autre turque, depuis l'invasion des troupes turques de l'été 1974.
 
Remarques d'ordre méthodologique

Selon la projection cartographique habituelle, ancrée dans le crâne des Européens  -toutes nationalités confondues-  les effervescences politiques, révolutionnaires et guerrières de ces grandes régions à risque semblent se dérouler en marge de l'Europe, dans des territoires hermétiquement fermé aux forces qui animent notre continent. Rien n'est moins vrai. Une cartographie qui engloberait le Moyen-Orient jusqu'aux côtes et à l'hinterland iraniens du Golfe, le Caucase, la Caspienne, la Mer d'Aral et la Transoxiane, et, par ailleurs, le Sinaï, serait plus représentative des flux, forces et voies de communication qui ont innervé et traversé l'Europe et sa périphérie immédiate et ont mobilisé les volontés politiques au cours de l'histoire.

Le géographe, historien et cartographe britannique Colin McEvedy, dans les atlas scolaires qu'il a rédigés et établis, nous suggère justement une projection plus précise et plus adéquate. Elle montre les liens de communication entre l'Europe occidentale, l'Europe orientale (des Balkans à l'Ukraine et au Caucase, au Nord, des Balkans à Chypre, voie maritime, au Sud), l'Anatolie, la Mésopotamie (où, dans les ports du Golfe, commence la voie maritime vers les épices indiennes), l'Iran (amorce de la voie terrestre  ‹la fameuse Route de la Soie‹  vers la Chine, d'Hamadan à Merv). Depuis la plus haute antiquité, voire la fin des ères préhistoriques, ces voies sont celles qu'ont emprunté d'Ouest en Est les peuples de souche indo-européenne. Le libre accès à ces voies donne force et puissance à l'Europe. Leur verrouillage marque les époques de stagnation, de déclin et de misère. Une Europe qui maîtrise intellectuellement, militairement et commercialement ces voies est une Europe forte. Une Europe qui perd le contrôle de ces voies est une Europe affaiblie. Toute élite européenne incapable de penser et de comprendre les dynamiques à l'oeuvre sur ces voies est une élite qui mérite de disparaître dans le mépris et d'être rapidement et légitimement éliminée, par tous les moyens, mêmes violents, car son maintien au pouvoir peut s'avérer mortel, aussi à court terme (quand l'ignorance est simultanément trahison !). L'Europe a dû lutter pendant des millénaires pour dégager ces voies, quand d'autres peuples (bédouins islamisés, turcs ou hunniques/mongols) ont tenté de les occuper et de les exploiter contre nos intérêts.

Quand Constantinople tombe en 1453, sous les coups de boutoir des Turcs, et que les Balkans sont désormais pour longtemps sous la coupe des Ottomans, l'Europe doit trouver par la mer une voie d'accès aux Indes (et aux épices) et à la Chine (et à la soie). C'est la motivation majeure des grandes expéditions maritimes portugaises et espagnoles, puis anglaises et hollandaises. Vasco de Gama contourne l'Afrique pour arriver aux Indes dans le dos des Ottomans, annulant du même coup leur verrou terrestre.

L'Empire britannique, en dépit de tout ce qu'on peut lui reprocher (logique capitaliste et impérialiste), a été une construction politique reposant sur la nécessité de conserver un accès aux Indes, par la mer et non pas par la terre, par la Méditerranée et Suez, et non plus par la Scythie et la Transoxiane (l'option des Tsars) ou par le contournement de la masse continentale africaine (l'option des Portugais). L'atout des Britanniques  ‹qu'ils ont légué aux Américains‹  est la connaissance naturelle et partagée de ces grandes routes maritimes et terrestres et une bonne évaluation de leur importance vitale.

Si mon exposé parvient à bien vous faire retenir l'importance de la cartographie de Colin McEvedy (pour ne citer qu'un contemporain, auteur d'ouvrages largement diffusés), j'estimerai ne pas avoir perdu mon temps. Je viens de vous communiquer l'essentiel de mon message d'aujourd'hui.

Revenons toutefois au Golfe. Pourquoi le Golfe a-t-il été, voici près de dix ans, l'enjeu d'une aussi formidable mobilisation de moyens civils et militaires?

1. D'abord, parce que le Golfe, en tant que golfe, est justement une portion de mer qui s'enfonce très profondément dans la masse continentale eurasienne, qui plus est, au beau milieu des plus grandes réserves de pétrole du globe. Les mers intérieures ou les golfes pénétrant profondément dans les terres sont des atouts stratégiques majeurs pour les puissances maritimes. Les Etats-Unis, principale thalassocratie actuelle, ne peuvent abandonner à d'autres la maîtrise d'un tel atout stratégique. D'où leur détermination à en découdre en 1990-91.
 
L'enjeu du Chatt-al-Arab

2. Ensuite, au fond du Golfe, nous trouvons deux grands fleuves navigables, unis au terme de leurs cours, dans la voie mi-maritime mi-fluviale qu'est le Chatt-al-'Arab. Ce Chatt-al-'Arab n'est exploitable que pour un seul port maritime en eaux profondes, situé sur le territoire de la Perse: Abadan. Au temps de la tutelle britannique, l'Irak obtient la pleine souveraineté sur le Chatt-al-'Arab, confisquant cet atout majeur à l'Iran, mais sans pouvoir l'exploiter à fond, le seul port irakien, Basra, étant situé trop à l'intérieur des terres. Les seuls ports accessibles dans la région se trouvent au Koweit, province détachée de l'Irak par les dominateurs britanniques. Le Shah d'Iran a joué serré face à Saddam Hussein, président de l'Irak depuis 1979. La flotte iranienne remonte le Chatt-al-'Arab sans que les Irakiens ne réagissent. De plus, le Shah tente de déstabiliser Saddam Hussein en misant sur des opposants à son régime. La tentative de putsch échoue, mais, de cette querelle, l'Iran sort vainqueur, grâce à l'excellence de sa flotte et de ses forces d'intervention rapide, équipées d'aéroglisseurs, dont le développement est observé avec inquiétude à Washington. Saddam Hussein compose, puis suggère et accepte une souveraineté partagée sur le Chatt-al-'Arab et une internationalisation de cette voie d'eau: le Traité d'Alger en 1975 sanctionne officiellement ce partage de souveraineté, expression d'une réelle sagesse politique et d'une application rationnelle de la Realpolitik. Dans cette optique, l'Irak et ses dirigeants finiront par se convaincre que les concessions faites pour le Chatt-al-'Arab en 1975 à Alger devaient recevoir, à terme, pour compensation une absorption directe ou indirecte du Koweit, ancienne province de l'Irak ottoman, disposant des seuls ports utilisables du Golfe, à portée du potentiel agricole et industriel irakien. A fortiori, quand, après la chute du Shah, l'Irak dame le pion à la République Islamique d'Iran, à la suite de la longue guerre de 1980 à 1988, il s'attend à recevoir à titre de réparation les ports de la côte koweitienne, avec la bénédiction des Etats-Unis, ennemis officiels des mollahs iraniens.

2. L'hinterland irakien, derrière la côte du Golfe et au-delà du Chatt-al-'Arab, est un pays riche, fertile depuis la plus haute antiquité, capable de conjuguer ses atouts agricoles avec un développement industriel rapide. L'Irak était donc potentiellement une puissance économique et militaire à la veille du conflit de janvier-février 1991, qui n'est nullement achevé, neuf ans après, puisque les forces aériennes et navales américaines et britanniques pilonnent encore régulièrement les installations industrielles irakiennes et appliquent un blocus sévère, condamnant la population civile à subir des souffrances inacceptables et injustes.
 
Le Koweit ou de la tactique d'occuper les embouchures des fleuves

4. Le Koweit, zone côtière abritant de bons ports naturels, a été rendu "indépendant" par les Britanniques, selon une pratique héritée de Richelieu et des Suédois, et appliquée lors des Traités de Westphalie en 1648. En effet, l'indépendance formelle de la Hollande a servi à occuper l'embouchure du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut, pour la soustraire à l'hinterland du Saint-Empire (Brabant, Hainaut et Rhénanie). La fermeture de l'Escaut durera jusqu'en 1863, en dépit des efforts de l'Empereur Joseph II, lors de la fameuse "guerre de la marmite", pour forcer le barrage hollandais au-delà d'Anvers. De même, les Traités de Westphalie accordent à la Suède et au Danemark le droit d'occuper l'embouchure
- de la Weser (Brème va à la Suède jusqu'en 1719, année où la ville et son territoire passent au Hanovre, lié à la couronne britannique; selon la même logique, le Comté d'Oldenburg appartiendra au Danemark jusqu'en 1773),
- de l'Elbe (Brème, rive gauche, à la Suède, le Holstein méridional jusqu'à Hambourg, au Danemark) et
- de l'Oder (la "Vorpommern" ou Poméranie occidentale, sera rattachée à la Suède jusqu'en 1720, quand la région passera à la Prusse).

Le Brabant et le Hainaut industriel, avec la fermeture l'Escaut, sont donc restés les principales victimes de Richelieu et des pratiques britanniques ultérieures. Logique: en 1458, le Pape Pie II, alias Æneas Silvius Piccolomini, l'humaniste de la Renaissance italienne et le conseiller de l'Empereur germanique Frédéric III, avait écrit dans son manifeste De Europa, que le Saint-Empire Romain de la Nation Germanique reposait sur la solidité des économies brabançonne et bohémienne. Pour abattre la puissance impériale germanique, donc briser les reins au continent européen, il faut donc empêcher l'éclosion économique optimale des Pays-Bas espagnols et autrichiens, les couper de leur environnement géographique (Hollande, Nord/Pas-de-Calais, Lorraine, Rhénanie), verrouiller l'Escaut et détacher par tous les moyens la Bohème du Reich (appui à Masaryk en 1918-19, appui franco-britannique à l'entité tchécoslovaque, acceptation tacite du coup de Prague en 1948 et de l'invasion des troupes du Pacte de Varsovie en 1968).

Revenons au Golfe Persique. La maîtrise des ports, via la souveraineté koweitienne, permet donc un contrôle de tout le commerce de la région du Golfe, a fortiori, du commerce du pétrole. Cette stratégie vise à soustraire ces atouts naturels à l'influence irakienne, donc à un projet inspiré par l'idéologie nationale panarabe. L' « Idéologie nationale panarabe » a eu la volonté de dépasser les clivages confessionnels, entre l'islam et les diverses formes du christianisme arabe/sémitique, car des pays comme le Liban, la Syrie, l'Egypte, la Palestine et l'Irak sont bi-confessionnels. Ainsi, Tarik Aziz, ministre irakien des affaires étrangères au moment de la guerre du Golfe, est chrétien. Le Baath, idéologie officielle de l'Irak, a été théorisé par le Libanais Michel Aflak, influencé par le personnalisme français, notamment celui d'Emmanuel Mounier.

Saddam Hussein et l'héritage babylonien, le Shah d'Iran et l'héritage  persique

En plus de cet apport direct et contemporain du Baath, l'Irak de Saddam Hussein a réhabilité la figure antique de Nabukhodonozor, grand roi de Babylone, qui a unit tout le Proche-Orient et le Moyen-Orient du Golfe à la Méditerranée. L'affect anti-israélien des nationalistes arabes d'Irak portait d'autant plus à une revalorisation du roi babylonien, que celui-ci avait balayé l'Etat juif du roi hébreu Yoyakhin. La référence babylonienne de Saddam Hussein permettait aussi de renouer avec le culte très politique et impérial de Mardouk, divinité suprême du panthéon babylonien, protecteur du peuple de Babel, que servait le roi pour le bien de la population.

Au même moment, le Shah d'Iran renouait avec le passé le plus antique de la Perse aryenne et mazdéenne, imposant également des références pré-islamiques et pré-chrétiennes, renouant de la sorte avec une impérialité immémoriale de facture indo-européenne. Ce retour aux sources vives de la Perse la plus ancienne, appuyé par une flotte bien aguerrie, pourrait très bien avoir scellé le sort du Shah. Et conduit certains stratèges de Washington à organiser son lynchage médiatique. Avec le Traité d'Alger, l'Irak, avec ses références babyloniennes au culte de Mardouk et la Perse avec sa volonté de raviver l'héritage aryen-mazdéen ont prouvé qu'ils pouvaient vivre en harmonie et selon les règles du bon voisinage, sans s'étrangler économiquement, sans s'imposer d'obstacles inutiles comme la fermeture du Chatt-al-'Arab. La promotion de « révolutions fondamentalistes islamiques » et puis de « républiques islamiques » par Kissinger et Brzezinski (cf. Houchang Nahavandi, La révolution iranienne, L'Age d'Homme, 1999) a conduit à une guerre atroce de huit années entre les deux puissances et à l'élimination politique et géopolitique de l'une et de l'autre.
Lorsque l'Irak, fort de sa victoire de facto contre l'Iran islamiste, s'empare du Koweit, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ne peuvent le tolérer, même s'ils avaient feint de n'y voir aucune objection (la fameuse entrevue entre les responsables irakiens et l'ambassadrice des Etats-Unis à Bagdad). L'Occident ne peut tolérer aucune modification à l'organisation territoriale de l'ancien Empire britannique. Les règles d'aménagement des territoires, les fermetures opportunes (comme celle du Chatt-al-'Arab contre l'Iran), etc. restent valables et nul n'est autorisé à les transgresser: successivement le Shah et Saddam Hussein l'ont appris à leurs dépens.

Comme je viens de le dire, l'Irak, potentiellement, était une puissance du premier monde, car il est un pays riche en ressources agricoles et minières, susceptible de devenir un pôle d'attraction économique pour tout le Proche- et le Moyen-Orient. Pour une bonne part, l'Irak était capable de vivre en autarcie, bien davantage que l'allié principal actuel des Etats-Unis dans la région, l'Arabie Saoudite.

L'Inde dans le collimateur

La Guerre du Golfe a donc été une guerre pour maîtriser les voies d'accès maritimes aux sources de pétrole. Dans l'Océan Indien, emprunté par les pétroliers qui apportent l'énergie nécessaire au Japon, l'Inde reste un challengeur potentiel du statu quo. D'abord, l'Inde a toujours cherché à coopérer sur le plan stratégique avec l'Union Soviétique, puis avec la Russie. Récemment, la Russie a livré deux navires de guerre, construits dans les arsenaux de la Mer Blanche, à la marine indienne, qui marque une claire volonté de se renforcer, surtout depuis l'accession au pouvoir du BJP nationaliste en Inde. Ensuite, force est de constater que l'Inde est tenue en échec, de manière permanente, par le Pakistan et par les mouvements insurrectionnels et terroristes d'inspiration fondamentaliste musulmane (émules des Talibans afghans, guérillas islamistes au Cachemire; voir le récent détournement d'avion). L'Inde est également tenue en échec par la présence stratégique américaine sur l'Ile de Diego Garcia dans l'Océan Indien, point d'appui capital, situé au beau milieu géographique de cette masse océanique et juste au Sud du sous-continent indien. Enfin, les thalassocraties occidentales, surtout les Etats-Unis, souhaitent éviter toute coopération entre l'Inde, le Japon et l'Indonésie, et empêcher l'armement de la marine indienne par des capitaux japonais. Les Etats-Unis se sont surtout inquiétés d'un prochain nippo-indien de construire un porte-avions pour la marine indienne, dont la mission aurait été de protéger le transport de pétrole d'Ormuz au Japon, en passant par Singapour. La crise financière qui a secoué le Japon et l'Indonésie ces deux dernières années s'expliquera peut-être par la volonté de briser l'élan d'une coopération entre ces trois puissances d'Asie.
 
Le sort des Kurdes était scellé

Au Nord de l'Irak, nous trouvons une autre zone de crise, celle du Kurdistan. La stratégie adoptée à l'égard des Kurdes a été double: d'une part, on protégeait les Kurdes du Nord de l'Irak pour déstabiliser Saddam Hussein dans la région pétrolifère de Mossoul. Mais, par ailleurs, la rébellion kurde, regroupée autour Abdullah Öçalan, déstabilisait l'allié principal des Etats-Unis dans l'Europe d'aujourd'hui, la Turquie. Pour cette raison, le sort des Kurdes a été rapidement scellé:

- La Turquie devient le principal allié régional d'Israël et fournit de l'eau à ce pays qui en manque, ce qui lui permet dans la foulée de faire la paix avec la Syrie, en lui rendant les hauteurs du Golan, occupées depuis les guerres israélo-arabes. Grâce à la garantie turque de fournir de l'eau à Israël, la paix peut être signée avec la Syrie, comme elle a été signée auparavant avec l'Egypte.

- Turcs et Israéliens coopèrent désormais étroitement sur le plan militaire et au niveau de leurs services secrets.

- L'élimination du facteur kurde et d'Öçalan permet d'amorcer le projet d'un oléoduc de Bakou (Azerbaïdjan turcophone) à Ceyhan (sur la côte méditerranéenne de la Turquie), qui détournera le pétrole azéri, ouzbek et kazakh des oléoducs russes passant par le Caucase du Nord. Le tracé de l'oléoduc Bakou-Ceyhan traverse effectivement le Kurdistan, la zone troublée par la guérilla d'Öçalan. Pour rendre ce projet possible et crédible, la résistance kurde devait avoir les reins brisés.

Au cours de l'histoire, en dépit de la présence russe dans la région depuis 1801-1829, les Britanniques ont toujours souhaité contrôler le Caucase. A l'époque napoléonienne, les Britanniques soutiennent tour à tour la Perse et l'Empire Ottoman contre l'avance des Russes vers le Sud. Après Napoléon, la Grande-Bretagne devient la protectrice de l'Empire Ottoman, l'"homme malade de l'Europe". La Guerre de Crimée, menée par la Grande-Bretagne, la France et la Turquie contre la Russie en 1854, se conclut par le Traité de Paris de 1856, où les vainqueurs imposent à la Russie l'interdiction de contrôler les deux rives de la Mer Noire (et donc les Dardanelles). L'Angleterre préparait en fait son coup depuis très longtemps: après la prise du Khanat de la Crimée par les troupes de Catherine la Grande entre 1774 et 1783 et par la mise sur pied de guerre d'une flotte russe dans la Mer Noire, la Russie était devenue un pays « dangereux » pour l'Angleterre, dont elle menaçait les voies de communications en Méditerranée orientale. Rien n'empêchait plus la flotte de la Tsarine et de ses successeurs de forcer le passage du Bosphore, d'appuyer les Grecs orthodoxes contre les Ottomans, de prendre pied à Chypre et en Palestine et d'avancer vers l'Egypte.

De Pitt à la Guerre de Crimée

Un groupe d'étude resté anonyme transmet alors à Pitt un mémorandum en 1791, qui est intitulé « Russian Armament » et qui prescrit le « containment » de la Russie au Nord de la Mer Noire. Dans ce document, nous trouvons toutes les prémisses de la politique de "containment" que l'Empire britannique d'abord, les Etats-Unis et l'OTAN ensuite, vont pratiquer dans la région. Même le Rideau de Fer a servi à éloigner les Soviétiques de la Méditerranée orientale: l'alliance américano-turque n'a pas d'autre objectif, de même que le sacrifice des Kurdes, des Chypriotes grecs et des Palestiniens (musulmans et chrétiens). Au milieu du XIXième siècle, la Guerre de Crimée a donc été une application pratique du mémorandum remis à Pitt en 1791, tout comme la rétrocession de la région de Kars par l'URSS en 1921 et les opérations menées de nos jours dans le Caucase: elles visent à faire perdre les atouts gagnés par la Russie depuis Catherine la Grande dans cette région du monde. Le calcul britannique hier, le calcul américain aujourd'hui a pour objectif de soutenir un allié structurellement plus faible (la Turquie), mais ayant une forte croissance démographique (réserve de chair à canon) contre une puissance européenne disposant d'un hinterland aux réserves inépuisables et susceptible de bénéficier d'une alliance et d'un appui économique de l'Allemagne, de la Suède et de l'Italie.

Rappelons aussi, dans ce contexte, que le philosophe Herder suggérait à la Grande Tsarine Catherine, non pas un plan de « containment » (ce qui est négatif de tous points de vue) mais, au contraire, un projet grandiose visant à créer une culture nouvelle, à la fois enracinée et éclairée, sur tout le territoire partant des Pays Baltes pour aboutir à la Crimée, afin d'y faire éclore une nouvelle hellénité, portée par un mixte d'héritage grec, de germanité et de slavité. Projet autrement plus séduisant que la volonté d'étouffer un grand pays européen, à qui il aurait fallu plutôt déclarer une fraternité pleine et inconditionnelle.

L'Entente et les Dardanelles

Après 1904-1905, quand l'Entente s'est mise à fonctionner, l'Europe a vécu un renversement des alliances, où la traditionnelle amitié entre la Prusse et la Russie, notamment au temps de la Guerre de Crimée a cessé d'être bénéfique à la paix et l'équilibre du continent. Tous les diplomates sérieux regrettent ce que l'on a appelé l'  « équilibre bismarckien », reposant sur une sorte de tandem germano-russe. Le rapprochement franco-russe à partir des années 1890, l'adhésion de l'Angleterre d'Edouard VII à l'Entente, conduit à un rapprochement germano-turc, puis à l'alliance germano-turque en 1914. Quand éclate la première guerre mondiale, la Turquie ottomane est donc l'alliée de Guillaume II et l'adversaire de sa protectrice traditionnelle, l'Angleterre. L'avancée des troupes russes dans le Caucase et au-delà (prise de Trébizonde et Erzeroum), l'effondrement de la Serbie sous les coups de boutoir allemands, l'invasion russe de la Galicie autrichienne (Tarnov, Przemsyl, Lemberg/Lvov) laissait prévoir une occupation définitive des Dardanelles par la Russie, selon la promesse secrète faite par la France et l'Angleterre.  Malgré les contre-offensives allemandes (qui éloignent la Russie de la Galicie et du Danube) et les attaques navales turques contre les ports russes de la Mer Noire (Odessa, Nikolaïev, Sébastopol et Novorossisk), l'Angleterre craint une présence russe à Constantinople et en Thrace. L'entreprise des Dardanelles, le siège de Gallipoli, le sacrifice des régiments australiens et néo-zélandais, est en fait une guerre camouflée et préventive contre la Russie, une volonté de s'installer et de s'accrocher sur les rives du Bosphore pour que Moscou n'y prenne pas le relais de Byzance. La promesse franco-anglaise de donner la région des Dardanelles (Constantinople, Midye, Enez, Scutari/Uzkudar, Çanakkale) à la Russie était certes un marché de dupes. L'Angleterre et la France promettaient exactement ce qu'elles avaient voulu éviter lors de la Guerre de Crimée et du Traité de Paris de 1856. L'envoi d'un corps expéditionnaire à Gallipoli en 1915 procédait évidemment d'une volonté de s'y accrocher avant l'arrivée des Russes. Au même moment, venues d'Inde et d'Océanie, des troupes britanniques débarquent dans le Golfe et s'emparent de Basra et d'Ahwaz, amorçant la conquête de la Mésopotamie, sous prétexte d'épauler les Russes dans le Caucase. L'Empire britannique, dans le jeu complexe des alliances de la première guerre mondiale, dans la zone s'étendant du Bosphore au Golfe Persique, a su tout à la fois préserver la future souveraineté turque contre la Russie dans les Dardanelles et s'emparer de la Mésopotamie et des zones pétrolifères de la péninsule arabique, contre l'Empire Ottoman et son allié allemand.

A partir de 1917, quand éclate la Révolution bolchevique, les troupes turques s'emparent du Caucase méridional tout entier et occupent Bakou. Des troupes britanniques prendront leur relais, en s'accrochant surtout en Arménie, pays orthodoxe pro-russe (et, ensuite, pro-soviétique), à la suite du génocide perpétré à partir de 1916 par les Ottomans. Entre 1918 et 1921, les Britanniques apporteront leur soutien à toutes les guérillas contre-révolutionnaires islamiques, notamment en Azerbaïdjan. En 1921, l'URSS cède à la Turquie la région de Kars. Les événements actuels ne sont que la réactivation de cette politique de subversion dans le Caucase, cette fois orchestrée depuis Washington. En 1940-41, à l'époque du pacte germano-soviétique, des plans franco-anglo-turcs existaient pour s'emparer du Caucase et d'une partie du littoral de la Caspienne, afin de confisquer les réserves pétrolières de l'URSS, de paralyser sa machine de guerre et de l'empêcher de livrer des matières premières à l'Allemagne.

1941 au Proche-Orient

L'année 1941 a été une année clef dans le déroulement de la seconde guerre mondiale. On peut même avancer l'hypothèse que le théâtre d'opération du Proche-Orient a été déterminant dans l'issue du conflit, en dépit des moyens finalement fort modestes, en hommes et en matériel, qui ont été mis en oeuvre par les Britanniques pour en assurer le contrôle.

En 1941, en effet, les forces de la France de Vichy sont éliminées au Liban et en Syrie, ne permettant plus à l'Axe de disposer d'une tête de pont en Méditerranée orientale. Au même moment, l'Irak de Rachid Ali est également neutralisé et, après l'entrée des troupes allemandes, finlandaises, hongroises, roumaines, italiennes, croates et bulgares en URSS, des armées britanniques et soviétiques occupent l'Iran, dégageant ainsi deux axes routiers et ferroviaires pour alimenter les armées soviétiques aux prises avec les Allemands et leurs alliés. Ces axes routiers et ferroviaires partaient tous deux du Golfe (axe n°1: Khorram Shah, Ahwas, Kazvin, Chalus sur la Caspienne; axe n°2: Bushire, Ispahan, Téhéran, Chalus ou Bandar Shah, deux ports de la Caspienne). De Chalus partaient des convois maritimes en direction de Bakou, d'Astrakhan dans le delta de la Volga, de Gourev en direction des installations industrielles de l'Oural. De Bandar Shah, les convois ferroviaires filaient vers l'Asie centrale. Les Etats-Unis géraient les opérations logistiques sur l'axe n°1 (de Khorram Shah vers Chalus). Au total, les Etats-Unis ont livré 17.150.000 tonnes de matériels en passant par ces axes iraniens. Les cargos américains ont transporté dans le Golfe 1.250.000 tonnes de pétrole, 1.000.000 tonnes de vivres, 880.000 tonnes de véhicules (camions et tous terrains), 150.000 tonnes de munitions, d'armes à feu et de pièces d'artillerie légère, 70.000 tonnes de véhicules de combat et 40.000 tonnes d'avions. La bataille de Stalingrad a été décisive dans la mesure où la prise de la ville par les Allemands aurait permis à l'Axe de s'emparer rapidement d'Astrakhan (où ont pénétré des éclaireurs russes et cosaques de l'armée allemande, déguisés en soldats soviétiques), de bloquer le trafic sur la Caspienne, de prendre Bakou et les réserves pétrolières du Caucase, de remonter vers Moscou en empruntant l'axe fluvial majeur qu'est la Volga, de contrôler le Canal Don-Volga (qui lie le complexe de la Caspienne au c¦ur industriel de l'Ukraine et au système de la Mer Noire et du Danube). Les régions du Proche-Orient, du Caucase, de la Mésopotamie, la région de la Caspienne, l'Iran et, in fine, le Golfe Persique qui y donne accès, sont les régions stratégiques clef permettant un contrôle total du continent européen. L'historiographie vulgaire et dominante ne parle jamais de l'enjeu que constituent ces régions. Désinformation? Cette historiographie vulgaire focalise les attentions sur des événements plus spectaculaires mais moins décisifs et plus périphériques, afin, sans doute, que les Européens ne puissent pas penser sans médiation inutile leur destin. L'excellente organisation logistique du plateau iranien, du Golfe et de la Mésopotamie a permis aux Américains d'être les vainqueurs de la deuxième guerre mondiale. Ils connaissent l'enjeu stratégique de cette région. Leur hégémonie sur la planète dépend des atouts stratégiques proche-orientaux. Ils ne vont évidemment pas les lâcher.

La conquête actuelle du Caucase

Mis a part l'arrivée au pouvoir en Iran du Docteur Mossadegh en 1954, l'Occident a conservé la mainmise sur l'Iran sans interruption, mais avec la volonté de garder ce pays en état de faiblesse stratégique. Dès que le Shah a fait mine d'organiser son armée pour contrôler éventuellement les deux rives du Golfe, les services spéciaux lui ont balancé dans les pattes une « révolution islamique » qui « gèle » le pays et l'isole sur l'échiquier mondial. Après l'effondrement de l'Union Soviétique, en bons héritiers des stratégies de l'Empire britannique, les Etats-Unis tentent, avec succès, d'absorber l'Azerbaïdjan (qui est désormais de facto dans l'OTAN, avec un appui massif de la part de la Turquie), l'Arménie, bien que surarmée par son allié traditionnel russe, est isolée et enclavée et la Géorgie suit, avec Chevarnadze, une ligne pro-occidentale. Dans le Caucase du Nord, où les Britanniques n'avaient pas eu les moyens d'intervenir entre 1918 et 1921, Washington arme, non plus des contre-révolutionnaires anti-soviétiques de confession musulmane, mais des guérilleros islamistes hostiles aux Russes. Les derniers événements de la Tchétchénie et du Daghestan sont des applications de cette stratégie, a fortiori quand des oléoducs, passant par ces territoires, acheminent le pétrole azéri et turkmène vers le coeur de la Russie et vers la Mer Noire (donc vers l'Europe centrale via le Danube).

J'ai déjà eu maintes fois l'occasion d'expliquer que l'enjeu des guerres actuelles est le contrôle de ces oléoducs. Les oléoducs russes permettent d'acheminer le pétrole de la Caspienne vers la Mer Noire et le Danube, où le contrôle du transport est aux mains de seules puissances, petites et grandes, de l'espace danubien. Les Américains ne souhaitent pas la dynamisation de cet axe. Ils optent pour une autre solution, de concert avec leur allié principal actuel, la Turquie. Ils veulent que le pétrole de la Caspienne et de l'Azerbaïdjan transite par la Turquie orientale, c'est-à-dire le territoire du peuplement kurde, pour aboutir à Ceyhan, un port turc de la Méditerranée orientale, situé en face de Chypre, occupée illégalement par l'armée turque. Washington suggère également un transit sud-caucasien, par l'Azerbaïdjan et la Géorgie (à l'exclusion de l'Arménie), débouchant en Mer Noire mais pour aboutir non pas à Constanza en Roumanie dans le delta du Danube, mais à Varna en Bulgarie, où un nouvel oléoduc amènerait le pétrole à travers la Macédoine (occupée par l'OTAN) et l'Albanie favorable à la Turquie. Ce transit permettrait d'éviter le goulot d'étranglement qu'est le Bosphore, pour déboucher en Méditerranée et non pas, par voie fluviale, en Europe centrale. La maîtrise du transit pétrolier resterait aux mains des armateurs habituels qui utilisent la Méditerranée jadis sécurisée par l'Empire Britannique qui en contrôlait tous les verrous (Gibraltar, Malte, Suez, Chypre).

Une guerre contre l'Irak, l'Iran, l'Inde, la Russie, la Serbie, l'Autriche et l'Allemagne

Ce tour d'horizon de la situation bellogène d'aujourd'hui explique pourquoi, de mars 1999 à janvier 2000, la Serbie et l'Autriche ont été démonisées dans les médias, de même que le Chancelier Kohl, l'homme politique allemand qui a réalisé le voeu millénaire du Reich et de Charlemagne: relier les bassins du Rhin et du Danube, en faisant achever le Canal Main-Danube en 1991.. Le destin de l'Autriche et de la Serbie est d'être des puissances danubiennes, capables de donner corps au transit Caspienne-Europe Centrale. La guerre mondiale qui est train de se dérouler sous nos yeux est donc une guerre contre l'Irak (et, dans une mesure moins spectaculaire, mais tout aussi efficace, contre l'Iran et l'Inde), contre la Russie (qui en est la plus pitoyable victime), contre la Serbie, contre l'Autriche (guerre qui n'est encore que médiatique), contre l'Allemagne (par l'élimination de Kohl, adversaire des politiques sociales-démocrates plus favorables à l'Axe Londres-Washington) et, somme toute, contre le tronc impérial de l'Europe. Cette guerre a commencé dès la mise en oeuvre du Canal Main-Danube et culmine aujourd'hui dans l'élimination de Kohl, la campagne médiatique contre Schüssel et Haider, l'instrumentalisation du gouvernement belge pour organiser le boycott contre l'Autriche, etc. L'Europe actuelle n'a pas retenu les leçons du Pape Pie II ni celles des opérations de 1915 au Proche-Orient ni l'organisation de la logistique alliée en Iran de 1941 à 1945. Navrante myopie historique et politique !

Robert STEUCKERS.