jeudi 27 octobre 2016

Réflexions géopolitiques sur les turbulences du Donbass




Robert Steuckers:

Réflexions géopolitiques sur les turbulences du Donbass

Maintes fois, j’ai eu l’occasion de souligner l’importance de l’Ukraine et plus spécialement de la partie orientale de cette nouvelle république née après la dissolution de l’Union Soviétique. Cette partie, le Donbass, est aujourd’hui en effervescence, une effervescence fabriquée et importée dans des buts bien précis. Cette région est en effet une région-portail (une « gateway region » disent les stratégistes américains), c’est-à-dire une région dont la maîtrise assure le contrôle et la fluidité optimale des communications entre les blocs impériaux, les vastes espaces politiquement unifiés, situés à l’Est et à l’Ouest de leur territoire. Si une puissance extérieure à cet espace finit par contrôler une telle région-portail, les communications optimales entre les empires voisins se compliquent voire se tarissent. En l’occurrence, une pacification du Donbass sans russophobie ni europhobie permettrait à l’Union européenne, à la Russie, aux petites puissances du Caucase, au Kazakhstan, à l’Iran et finalement à la Chine de construire et de consolider sur le long terme des réseaux ferroviaires, routiers et fluviaux donc à fonder des impérialités pratiques autorisant tous les échanges sur la masse continentale asiatique : nous aurions un dépassement des infra-impérialismes, des survivances des impérialismes antagonistes du passé, de tous les internationalismes secs et irrespectueux des legs du passé, etc. Les dynamismes globaux pourraient s’exprimer mais sans araser les traditions pluriséculaires voire plurimillénaires des civilisations qui ont marqué de leur sceau de vastes régions d’Eurasie. 

L’histoire des théories géopolitiques nous l’enseigne : l’impérialisme britannique hier, l’impérialisme américain aujourd’hui ont toujours refusé toute synergie continentale à même d’impulser des dynamismes qui échapperaient à leur contrôle et procureraient aux peuples des fluidités qui ne seraient pas marines. On connait l’histoire du « Grand Jeu » à partir du 19ème siècle : la puissance maritime britannique, maîtresse des Indes, cherchait par tous les moyens à repousser la puissance continentale des tsars loin des « rimlands » qu’elle entendait contrôler jusqu’à la fin des temps. La guerre de Crimée n’est pas autre chose qu’une tentative de bloquer la Russie sur la rive septentrionale de la Mer Noire. Dans Kim, un roman de Kipling situé aux Indes, il s’agit de démasquer les espions russes qui se promènent, sous prétexte de recherches archéologiques, géologiques ou zoologiques, dans les montagnes de l’Himalaya ou de l’Hindou Kouch. Aujourd’hui, on n’envoie pas la Brigade Légère ou les troupes de Mac Mahon en Crimée : on pratique la guerre de quatrième génération, la guerre indirecte, le « proxy warfare ». Les combats qui se déroulent dans le Donbass à l’heure actuelle ne sont finalement que des réactualisations de ceux qui ont ensanglanté la Crimée entre 1853 et 1856. 


Nous vivons un cycle non encore clos de guerres mondiales depuis les affrontements franco-britanniques en marge de la guerre européenne de Sept Ans, à la suite de laquelle la France a perdu l’Inde et le Canada, soit toute prépondérance en Amérique du Nord et dans le sous-continent indien, dans l’Atlantique Nord et l’Océan Indien (« Océan du Milieu »). Suite à cette défaite majeure, Louis XVI poursuit une politique navale qui mènera le Royaume de France à reprendre le contrôle de l’Atlantique Nord en 1783, suite au soulèvement des « Insurgés » américains, tandis que, la même année, Catherine II, Impératrice de toutes les Russies, boute les Ottomans hors de Crimée et y installe des bases navales russes, dans l’intention de cingler vers Constantinople, de franchir les Dardanelles et de pénétrer dans le bassin oriental de la Méditerranée. Catherine II voulait créer une civilisation éclairée germano-balto-slave entre Baltique et Mer Noire, marqué par les souvenirs lumineux de l’hellénisme.
La situation est analogue aujourd’hui. Un retour de la Russie dans les ports de Crimée signifie, aux yeux des Atlantistes qui ne pensent qu’en termes de belligérance éternelle, 1) une menace permanente sur la Turquie (en dépit de l’alliance actuelle et très récente entre Erdogan et Poutine), 2) un risque de voir Moscou revenir et s’accrocher en Méditerranée orientale, au départ de la base navale de Tartous en Syrie. Pour enrayer ce processus potentiel, contraire aux intentions géopolitiques habituelles des puissances maritimes anglo-saxonnes, il faut désormais, dans la perspective des guerres de quatrième génération, soit fabriquer une nouvelle « révolution orange » analogue à celles de 2004 et de 2011, soit, si ce type de subversion ne fonctionne plus, créer un abcès de fixation durable sous forme d’un conflit chaud plus ou moins classique, afin d’atteindre un double objectif : barrer la route des Dardanelles à la Russie, imposer un verrou sur la nouvelle route de la soie entre l’Europe et la Chine, exactement à l’endroit où Génois et Vénitiens se connectaient aux voies commerciales de l’Asie centrale, vers l’Inde et la Chine, principales puissances économiques de la planète avant la révolution industrielle, la conquête définitive des Indes par les Britanniques et la destruction de la Chine impériale suite aux guerres de l’opium. 


La stratégie des révolutions de couleur a certes fonctionné en Ukraine mais elle s’est aussi avérée insuffisante pour éliminer toute présence russe en Crimée et en Mer Noire ou pour gêner l’utilisation de la voie fluviale que constitue le Don, qui se jette en Mer Noire juste à l’Est de la péninsule criméenne, un Don qui lie les espaces maritimes pontique et méditerranéen au cœur des terres russes. Pour pérenniser un abcès de fixation au flanc d’une Russie qui se réaffirme, il faut bien davantage que du désordre civil permanent, que des manifestations ou des concerts de casseroles. Il faut une zone de turbulences chaudes, il faut exploiter des facteurs plus explosifs, plus incendiaires (ce n’est pas un hasard si l’on commence à reparler de « pyropolitique », c’est-à-dire de stratégies visant littéralement à livrer les pays récalcitrants  -ou les régions-portail utiles aux adversaires principaux du moment-  à un feu dévorateur, celui de la guerre chaude entretenue sur le long terme ou celui du terrorisme qui manie explosifs, voitures piégées, etc). Pour déclencher et maintenir cette pyro-stratégie, les services utiliseront des formes résiduaires de nationalisme outrancier, qui ont sans doute eu leurs raisons dans l’histoire, comme d’autres reliquats de nationalismes violents en Europe occidentale. Mais qui aujourd’hui ne servent plus qu’à asseoir des politiques belligènes et retardatrices d’une grande synergie eurasiatique. Je rappelle ici que Carl Schmitt qualifiait de « retardatrices » les puissances thalassocratiques anglo-saxonnes : ou, plus subtilement, des « accélératrices contre leur volonté » car leurs démarches retardatrices accéléraient la prise de conscience de leurs adversaires qui, pour répliquer, ne pouvaient que faire taire tous leurs antagonismes stériles et anachroniques. 

Les mêmes services retardateurs (ou accélérateurs involontaires, Beschleuniger wider Wille) importeront, pour parachever l’horreur, dans l’Est de l’Ukraine ou en Crimée, une dose de djihadisme tchétchène pour pallier le manque d’enthousiasme ou de volontaires. On tentera, dans la foulée, de lier ce djihadisme, forcément marginal en Ukraine, terre uniate à l’Ouest, terre orthodoxe au centre, à l’Est et au Sud, à celui des djihadistes du Caucase ou de Syrie. Il se créera ainsi une internationale des forces subversives/retardatrices, insoupçonnée pour le commun des téléspectateurs vu son invraisemblable hétérogénéité, fabriquée au départ de nationalismes résiduaires, de souvenirs de la seconde guerre mondiale, de particularisme tatar ou d’islamisme fondamentaliste : les techniques d’ahurissement médiatique pourront alors donner leur pleine mesure ! C’est là, précisément, que réside la supériorité des internationales de fausse résistance, mises en œuvre par les puissances maritimes : elles sont vendues à un public occidental ignorant à grands renforts de campagnes médiatiques, un public qui, par le truchement d’une autre propagande biséculaire, se croit le plus éclairé de la planète où ne vivraient que des abrutis. Elles parviennent à mobiliser et à unir des forces qui seraient normalement hostiles les unes aux autres, ou qui s’ignoreraient si aucune impulsion extérieure ne s’exerçait, dans un projet destructeur dont elles seront les seules à tirer bénéfice. 

Les Etats-Unis peuvent se permettre une telle stratégie destructrice, pyropolitique, parce qu’ils sont une puissance extérieure aux espaces russe, pontique, méditerranéen oriental, proche-oriental.  Les effets destructeurs qu’ils enclenchent n’ont guère d’effets sur leur propre sanctuaire national. La bride est laissée sur le cou du milliardaire Soros pour créer ce chaos au départ de sociétés en apparence privées, d’organisations non gouvernementales qui reçoivent tout de même de larges subsides de fondations liées aux deux principaux partis américains. Ces interventions subversives sont autant d’indices de ce que la géopolitique allemande de Karl Haushofer nommait des « Wachstumsspitzen », soit des « pointes avancées d’une croissance », en l’occurrence une croissance impérialiste illégitime car anti-impériale et retardatrice de processus unificateurs et pacificateurs. 

La présence américaine en Méditerranée est déjà l’indice de l’éviction des puissances maritimes européennes hors de l’espace même de leur propre aire civilisationnelle. Ce processus d’éviction s’est effectué en plusieurs étapes. Immédiatement après la première guerre mondiale, est signé le bien oublié Traité de Washington (1922). Ce Traité impose la parité du tonnage des flottes de guerre pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni (+ /- 500.000 tonnes), octroie 300.000 tonnes au Japon qui hérite dans le Pacifique de la Micronésie allemande et ne laisse à la France que 220.000 tonnes et à l’Italie à peine 180.000 tonnes. Les puissances méditerranéennes sont lésées. L’Allemagne et la jeune URSS ne sont pas concernées par le traité, les bâtiments de la flotte austro-hongroise ont été détruits ou redistribués aux alliés vainqueurs (dont la Yougoslavie). Le tonnage et le statut de la flotte allemande sont réglés par le Traité de Versailles, qui les réduit à presque rien. Les puissances thalassocratiques sont telles parce qu’elles ont imposé un traité qui jugulait expressément le tonnage de leurs adversaires ou de leurs alliés putatifs. Aucune puissance ne pouvait égaler ou dépasser la flotte américaine en plein développement depuis 1917 ; aucune puissance maritime mineure (ou devenue mineure) ne pouvait dépasser les tonnages qui leur avaient été imposés en 1922. Ce Traité de Washington est rarement évoqué, bien qu’il soit déterminant pour l’histoire mondiale jusqu’à nos jours (où la Chine développe ses capacités maritimes en face de ses côtes…). On ne l’évoque guère car la France de la Chambre bleue-horizon, qui chante une victoire chèrement acquise au prix du précieux sang de ses classes paysannes, voit cette victoire se transformée en victoire à la Pyrrhus dès le moment où ce Traité de Washington lui barre de fait la route du large et écorne sa puissance en Méditerranée. La flotte de 220.000 tonnes est certes suffisante pour tenir les parts de l’Empire en Afrique du Nord et au Levant mais est bien insuffisante pour dominer le large, pour se projeter vers le Pacifique ou l’Atlantique Sud. Tirpitz l’avait dit : à l’aube du 20ème siècle, une puissance n’est vraiment puissante que si elle a pu développer ses capacités navales. L’Italie n’obéira quasiment jamais aux injonctions du Traité. L’Allemagne ne remontera jamais la pente, en dépit de son régime totalitaire. La France non plus, ni avant guerre ni après guerre, malgré les audaces théoriques de l’Amiral Castex à l’ère gaullienne. 

En 1940, l’horrible tragédie de Mers-el-Kébir porte un coup terrible aux capacités maritimes de la France. A partir de 1945, la présence américaine en Méditerranée occidentale et orientale, dans le cœur même de l’espace civilisationnel européen, est prépondérante et se renforce par le soutien inconditionnel apporté à l’Etat d’Israël, devenu au fil des décennies le gardien des côtes les plus orientales de la Grande Bleue, à portée du Canal de Suez. Après l’affaire de Suez en 1956, Britanniques et Français sont vivement priés de cesser toute revendication dans l’espace est-méditerranéen. 

La double problématique de la Crimée et du Donbass doit être pensée dans ce contexte général d’éviction des petites et moyennes puissances maritimes hors des mers intérieures de la grande masse continentale eurasienne. Les grandes puissances thalassocratiques ont d’abord visé la Méditerranée (et l’Adriatique qui offre un tremplin vers le cœur de la Mitteleuropa germano-danubienne), ensuite le Golfe Persique par les interventions successives contre l’Irak de Saddam Hussein et par le boycott de l’Iran (précédé d’un sabotage de la flotte du Shah). Aujourd’hui, c’est la volonté de s’immiscer plus profondément encore dans cette masse continentale, en contrôlant la Mer Noire et en contenant la Russie le plus loin possible de son littoral, qui justifie les interventions en Ukraine et en Crimée, le soutien à une Géorgie en voie d’occidentalisation politique et l’appui indirect, par financement saoudien ou qatari, des djihadistes tchétchènes ou daghestanais. Demain, en déployant une double stratégie de soutien et aux djihadistes caucasiens et à un Azerbaïdjan qui, allié à la Turquie, neutraliserait l’Arménie (encore maîtresse du Nagorno-Karabagh), en organisant ensuite la subversion de l’Ouzbékistan après le récent décès de son président Karimov, la thalassocratie américaine visera à contrôler aussi la Caspienne pour en chasser Russes et Iraniens et pour arrêter la « Wachstumsspitze » économique chinoise en Ouzbékistan, qui lui livre désormais la quasi-totalité des hydrocarbures qu’il produit. Finalement, la stratégie de Brzezinski, élaborée dans son ouvrage Le Grand échiquier (1997), triomphera si aucune résistance ne se dresse, si aucune rétivité par rapport aux médias dominants ne surgit pour contrecarrer ce projet faisant fi de la diversité et de la multipolarité du grand espace eurasien et du monde. Tels sont les enjeux vitaux qui se jouent aujourd’hui au Donbass. Peu d’Occidentaux l’ont compris. Quelques-uns, des aventuriers aux cerveaux hardis, participent à ce combat pour préserver l’héritage de la triple alliance continentale du 18ème entre la France, l’Autriche et la Russie.
 (Forest-Flotzenberg, octobre 2016).

jeudi 13 octobre 2016

"Des Goliaths techniciens"

"Des Goliaths techniciens"...

Traduction par Robert Steuckers dans un article chez PHILITT que nous avions déjà partagé : http://philitt.fr/2016/03/03/robert-steuckers-la-demarche-spirituelle-de-junger-trouve-son-salut-dans-lecriture-et-dans-les-voyages/


“The spiritual path of Jünger found its salvation in writing and voyages.”

“The spiritual path of Jünger found its salvation in writing and voyages.” 

Robert Steuckers

Ex: https://niekischtranslationproject.wordpress.com 
 
Robert Steuckers is the author of a reference work, “La Révolution conservatrice allemande (2014),” that compiles biographies and selected texts from this great intellectual movement of which he is a recognized specialist. He is at the head of the movement Synergies européennes after having left GRECE in 1993. We interviewed him about an emblematic figure of the German Conservative Revolution, Ernst Jünger, as well as a personality less known by the public, Armin Mohler, great theorist of the Conservative Revolution.

PHILITT : You distinguish many currents within the German Conservative Revolution. Which one does Jünger belong to?

Robert Steuckers: Ernst Jünger belongs, surely, in the National-Revolutionary vein of the “Conservative Revolution,” almost from the start. It’s a current necessarily more revolutionary than conservative. For what reasons does Jünger fall into this revolutionary nationalism rather than another another category of the Conservative Revolution? Like many of his counterparts, the reading of Nietzsche, before 1914, while still an adolescent, was determinant. We must firstly summarize that Nietzsche, in this era, was read above all on the most controversial fringes of the German left and by Bohemian literati. There reigned a joyous and mocking anarchism in these milieus that tore off the masks of the bien-pensants, that denounced hypocrisies and castigated moralism. It was in the overflowing spirit of the Wandervogel youth movement, in which Ernst Jünger participated from 1911-1912. The discovery of Nietzsche left few written traces in the work of Jünger. Between his return from the Foreign Legion and his engagement with the German Imperial Army, we have few of his personal notes, letters addressed to his parents or friends. His biographer Heimo Schwilk simply notes that Jünger read the Will to Power and the Birth of Tragedy. We can deduce that the adolescent inherited a rebellious attitude from this reading. No established order found grace in his eyes. Like a good number of his contemporaries in the Belle Epoque, where they were bored, he rejected what was frozen. So it’s essentially the Nietzsche they called “critical” and “unmasking” that transformed 18 year old Jünger. It was necessary to think dangerously, according to the injunctions of the loner of Sils-Maria. It was also necessary to make a complete renewal, to experiment in incandescent living in communities of Dionysian ecstasy. This ardent living, the war would offer him. The cataclysm freed him from the boredom, sterile repetitions, hesitant humdrum in educational institutions. The experience of the war, with the daily confrontation with the “elementary” (mud, rats, fire, cold, wounds …) destroyed all the frozen reflexes that a child from a good Belle Epoque family could still harbor in his heart.

Where does the nationalism of Jünger come from?

What made Jünger a “nationalist” in the 1920s, it’s the reading of Maurice Barrès. Why? Before the Great War, they were conservatives, but not revolutionary ones. Henceforth, with the myth of blood, sung by Barrès, they became revolutionary nationalists. The term, rather new at the start of the Weimar Republic, indicates a political and aesthetic radicalization that broke with the conventional right. Germany, between 1918 and 1923, was in the same disastrous situation as France after 1871. The Barrèsian revanchist model was thus transposable in humiliated and vanquished Germany. In following, not inclined to accept conventional political work, Jünger was seduced, like Barrès before him, by General Boulanger, the man, he wrote, “who energetically opened the window, throwing out the babblers and letting fresh air in.” With Barrès, Ernst Jünger not only found the keys to a metapolitics of revenge or an ideal of violent purification of political life, in the fashion of Boulanger. Behind this reception of Barrès there was a mystic dimension, concentrated in a work that Ernst Jünger had already read in high school: Du sang, de la volupté et de la mort. It holds necessary an orgiastic drunkenness, which does not fear blood, in any sound political approach, that is to say in the context of the era, any non-liberal non bourgeois political approach.

The National-Revolutionary camp, within the Conservative Revolution, was thus essentially a camp of young former soldiers, directly or indirectly influenced by Nietzsche and Barrès (often via the interpretation Jünger gave). A camp that very much desired, if the occasion presented itself, to make a coup in the fashion of General Boulanger, this time with the Freikorps of Captain Ehrhardt.

Starting from “The Peace” an essay published in 1946, his work seems to take an individualist turn, maybe even spiritual. Must we see a break with the Conservative Revolution there?

I think that the “individualist” turn, as you said, and the spiritual and traditionalist attraction operated surreptitiously since the very effervescent political period, from 1918 to 1926, ceased to animate the German political scene. The treaties of Locarno and Berlin brought appeasement in Europe and Germany signed more or less satisfactory treaties with its neighbors to the East and West. We can no longer speak of a revolutionary period in Europe, where everything would be possible, like National-Bolshevism from the Atlantic to the Pacific. The futurist and Barrèsian dreams were no longer possible. The Bolshevik up-welling, it too faded, and the USSR tried to stabilize itself. Jünger made the first of his voyages, leaving Germany, with a scholarship to study marine fauna in Naples. The encounter with the Mediterranean was important: its landscapes calmed the Nordic soldier coming from the Hells of Flanders and Picardy. The treaties and the trip to Naples certainly did not interrupt the editorial activities of Ernst Jünger and his brother Friedrich Georg. They both participated in the most audacious journals of the little nationalist, National-Revolutionary, or National-Bolshevik sphere. They were resistant towards the advances of Goebbels, Hitler or Hess: above all because the two brothers remained “Boulangists.” They did not want to participate in political carnivals, they placed themselves under the sign of a nationalism born from war and the refusal of the implications of the Treaty of Versailles. Since the advent of National-Socialist power in 1933, the retreat of the Jünger was accentuated. Ernst Jünger renounced any position in the literary academies brought to heel by the regime. Sitting in these controlled academies would lead to a sterile, even quietist, humdrum life rather than a Nietzschean one, he could not accept. It was also the time of the first retreat to the rural zone, in Kirchhorst in Lower Saxony, in the region of Hanover, the cradle of his paternal family. Then a few voyages to Mediterranean countries, and finally, uniformed sojourns to Paris in the occupation army.

It is an aging Jünger who expresses himself more in this individualist tone?

The abandonment of the entrenched positions of the years 1918-1933 certainly came with age: Ernst Jünger was fifty when the Third Reich collapsed in horror. It also came from the terrible shock of the death of his son Ernstel in combat in the marble quarries of Carrare in Italy. At the moment of writing The Peace, Ernst Jünger, bitter like most of his compatriots at the time of defeat, stated: “After a likewise defeat, we do not rise like they could rise after Jena or Sedan. A defeat of this extent means a turning point in the life of all people that it subdues; in this phase of transition not only do innumerable human beings disappear but also and above all many things that would move us more deeply in ourselves disappear.” Unlike the preceding wars, the Second World War brought the destructive power of the belligerents to paroxysm, to dimensions that Ernst Jünger qualified as “cosmic,” especially after the atom bombing of the Japanese cities of Hiroshima and Nagasaki. Our author understood that this destructive excess was not longer comprehensible in the usual political categories: in fact, we enter into an era of post-history. The defeat of the Third Reich and the victory of the allies (the Anglo-Saxon and Soviets) had rendered the pursuit of historical trajectories inherited from the past impossible. Technical means had lead to mass death, the destruction of entire cities in a few minutes, even a few seconds, which proved that modern civilization, as his biographer Schwilk wrote: “tends irremediably to destroy everything that underlines the natural, traditions, organic facts of life.” It’s the post-historic age of “poly-technicians of power” which began everywhere, and above all in ravaged Europe, forming the world to its standards.

The 22nd of September 1945, Schwilk recalls, Ernst Jünger wrote in his journal: “They know neither Greek myths nor Christian ethics nor French moralism nor German metaphusics nor the poetry of all the poets in the world. Before the true life, they are only dwarfs. But they are Goliath technicians – thus giants in every work of destruction, where they ultimately conceal their mission, that they ignore as such. They have a clarity and unusual precision about everything that is mechanical. They are confused, stunted, drowned, by all that is beauty and love. They are titans and cyclops, spirits of darkness, negators and enemies of all creative forces. Those who can reduce millions of years of organic development to nothing by a few meager efforts, without leaving anything behind that could equal the least spring of grass, the least grain of corn, the smaller wing of a mosquito. They are far from poems, wine, dreams, games, hopelessly lost in fallacious doctrines, articulated in the manner of pretentious professors. Nevertheless, they have their mission to accomplish.”

Are those the words of a disillusioned man?

They are the sentiments that Ernst Jünger wanted to communicate to his readers immediately after 1945. Schwilk, in my eyes the best biographer by far, explains the meaning of the gradual evolution that occurred in the spirit of our author: Everyone is guilty in this Second World War that was the “first collective work of humanity.” And a work of destruction! Political projects could no longer be national, reduced to small or middling nations alone. It was necessary to create Europe, Jünger thought immediately after the war, where the peoples could recognize that the war had been simultaneously won and lost by all. This Europe must renew the principles of tranquility of the Middles Ages or the Ancien Regime: he clearly renounced the concepts that he forged in from 1920-1930, those of “total mobilization” and the “Worker” that had formed the quintessence of his National-Revolutionary philosophy just before Hitler’s rise to power. These concepts, he stated in 1946, no longer lead to anything positive. They called to push humanity into horror.

Thus Jünger became the prophet of “deceleration” (die Entschleunigung), after having been the prophet of paroxysmal acceleration (die Beschleunigung) in the 20s, like the Italian Futurists gathered around Marinetti. Jan Robert Weber released a biography of Ernst Jünger in 2011 centered around the notion of “deceleration:” he explains there that the spiritual and “individualist” progression (I would say the progression of the anarch) was deployed in two principle phases: the retreat to writing, claimed as a refuge to escape the work of the titans and cyclops or the degenerating throes of post-history; then voyages to Mediterranean refuges which, very soon, would become victims of voracious modernity and its strategies of acceleration themselves. Jan Robert Weber: “It calms me as a man who travels across the world in post-history.”

Armin Mohler was the secretary of Ernst Jünger and worked to make the German Conservative Revolution known. Could you tell us more about his role?

It’s evidently not so much a rupture with the Conservative Revolution (which has too many facets to be able to reject entirely) but with his own National-Revolutionary postures. Armin Mohler wrote the first laudatory article on Ernst Jünger in Weltwoche in 1946. In September 1949, he became Ernst Jünger’s secretary, whose first task was publishing a part of his war journals in Switzerland, under the supervision of the moderately existentialist and Protestant philosopher Karl Jaspers, from whom he retained a cardinal idea: that of the “axial period” of history. An axial period creates the perennial values of a civilization or geo-religious great space. For Armin Mohler, very idealistic, the Conservative Revolution, by rejecting the ideas of 1789, from English Manchesterism and all the other liberal ideas, laid the bases for a new battery of values to regenerate the world, to give it a new solid course, through the efforts of audacious elites, following the idea of amor fati formulated by Nietzsche. The ideas expressed by Ernst Jünger in the National-Revolutionary journals of the 1920s and in The Worker of 1932 were the “purest,” the most purified from all regressive baggage and all compromises with one or another aspect of pan-liberalism of the “stupid 19th century” which Daudet spoke of, it would be necessary that these ideas triumph over post-history and revive the dynamism of European peoples in their history.

The sustainability of these new values’ founding ideas would sweep away the lame ideas of the Soviet and Anglo-Saxon victors and surpass the very caricatured ideas of the National-Socialists. Armin Mohler wanted to convince the master to return to the struggle. But Jünger had just published The Wall of Time, whose central thesis was that the era of historical humanity, steeped in history and acting within it, was definitely over. In The Peace, Jünger still evoked a Europe unified in sadness and reconciliation. On the threshold of a new decade, in 1960, “national empires” and the idea of a unified Europe not longer enthused him. There was no other perspective than that of “universal state,” the title of a new work. Modern humanity was delivered to material forces, to endless acceleration of processes what aimed to seize the entire world. This planetary fluidity, also criticized by Carl Schmitt, dissolves all historical categories, all peaceful stability. So to reactivate them has no chance of leading to anything one way or the other. In order to complete a National-Revolutionary program, as the Jünger brothers imagined, they needed willing citizens and free soldiers. But this liberty had faded from every regime around the globe. It was replaced by obtuse, cumbersome, instincts like those that guide insect colonies.

So the attitude of the anarch described by Jünger is an alternative, a new perspective for this era. How it is defined?

Before the extent of this anthropological catastrophe, the anarch must try to escape the Leviathan. His will of independence, calm and no longer rowdy, must espouse the “will of the Earth,” that seeks to smother the Goliaths and titans. For Armin Mohler, Ernst Jünger renounced the heroic ideals of his youth. He didn’t accept it. Corresponding with German language journals in Paris, he regularly addressed mordant and ironic reproach to Ernst Jünger. It was their rupture. The criticisms and recriminations were: Mohler wrote that Jünger had aligned himself with the “democracy of the occupiers.” Worse: he accused the second wife of Jünger, Liselotte Lohrer, of being responsible for this reversal; she ensured that her husband, “took the ideas that forged their destiny from his own disciples.”

Did this tension transcribe itself into the reception the “Nouvelle Droite” gave to Jünger’s work?

The French Nouvelle Droite emerged on the Parisian political-cultural scene at the end of 60s. Ernst Jünger first appeared to it in the form of a booklet penned by Marcel Decombis. The Conservative Revolution, more precisely the thesis of Mohler, was evoked by Giorgio Locchi in issue No. 23 of Nouvelle École. Beginning with these texts a diverse and heterogeneous reception emerged: the war texts for the lovers of militaria; the National-Revolutionary texts (little known and little translated) in bits and pieces among the youngest and most Nietzschean; the journals among the silent anarchs, etc. From Mohler, the Nouvelle Droite inherited the idea of a planetary alliance between Europe and the enemies of the Yalta duopoly firstly, then American unipolarity next. It’s the direct heritage of the politics and alternative alliances suggested under the Weimar Republic, notably with the Arab Muslim world, China, and India. Moreover, Armin Mohler rehabilitated Georges Sorel in a more explicit and profound manner than the Nouvelle Droite. In Germany, Mohler received a third of the space in the journal Criticon, directed by the very wise and much missed Baron Caspar von Schrenck-Notzing in Munich. Today, this Mohlerian heritage has been assumed by the publishing house Antaios and the magazine Sezession, directed by Götz Kubitschek and his spouse Ellen Kositza.

Armin Mohler worked in France and had shown himself to be relatively Francophile. However his position on the question of French Algeria contrasted with that of the proponents of the “Nouvelle Droite.” What does this controversy teach about the relation between Conservative Revolutionary thought and the world?

Armin Mohler was effectively the correspondent of various German and Swiss papers in Paris since the middle of the 1950s. He learned the spirit of French politics: a magisterial text (which revived the Jüngerien cult of Barrès a bit …) attests to this enthusiastic reception. This text was titled Der französische Nationaljakobinismus and has never been translated! Mohler was fascinated by the figure of Charles de Gaulle, who he qualified as a “political animal.” For Armin Mohler, De Gaulle was a disciple of Péguy, Barrès and Bergson, three authors that we could interpret and then mobilize in order to re-energize the values of the Conservative Revolution. Regarding the Algerian affair, Armin Mohler reasoned in his text on Gaullisms (in the plural!), Charles de Gaulle und die Gaullismen, in terms drawn from the work of Carl Schmitt (who, at the time, criticized the “stardom” of Jünger, his art of publicity seeking as a “diva;” the criticisms of Mohler could be compared to those formulated by Schmitt…). For the jurist, theorist of “great spaces,” and for Mohler, Jünger had committed the sin of “de-politicization.”

Mohler’s infatuation with De Gaulle is astonishing!

Regarding the phenomenon of “De Gaulle,” Mohler was full of praise: the general had succeeded in decolonizing without causing a big political explosion, a general civil war. He also praised the founder of the Fifth Republic for having begun a great institutional upheaval after the turmoil caused by Algerian independence. Here again, he benefited from the reading of Schmitt rather than Jünger, that said: the Constitution of 1958 was ultimately the work of a Schmittian, René Capitant; it values the political much more than the other constitutions in the West. To which Mohler added that he approved the introduction of direct presidential election, following the plebiscite of October 28th 1962. Ultimately, Schmitt, the disciple of Charles Maurras, Maurice Hauriou and Charles Benoist, was horrified by “intermediaries” between the monarch (or president) and the people. Mohler, inspired by Schmitt, welcomed the presidential suppression of the “intermediaries,” the logical consequence of the new constitutional principles of 1958 and the power concentrated in the person of the president, from 1962. The “Fourth Gaullism,” according to Mohler, is that of “Grand Politics,” of an alternative global geopolitics, where France tried to escape from the American vice, not hesitating to align with “rogue” states (China, for example) and assuming an independent policy with the entire world. This “Grand Politics” shattered in Mai 68, when the “chienlit” demonstrated and began “their long march through the institutions,” which lead France to the big carnivalesque joke of today. Mohler, not so much as a reader of Jünger but as a reader of Schmitt, was Gaullist, in the name of the same principles of his Conservative Revolution. He thought we could only judge De Gaulle on Schmittian criteria alone. He commented on the adventure of the ultras on the OAS along those lines. So Mohler belonged to another political school than the future leaders of the Nouvelle Droite. The German New Right possessed other idiosyncrasies: the convergence between Mohler and the Frence Nouvelle Droite (with the Jüngerian Venner) only came about when the differences of the Algerian War were no longer relevant.

Mohler wanted to transpose the Gaullist independent thinking into Germany. In February 1968, he would defend the Gaullist “Grand Politics” point of view at a meeting of a “Euro-American colloquium” in Chicago. This text, released in English and not translated in French, has the merit of a programmatic clarity, it desires to remove Europe from the straitjacket of Yalta, under the banner of a new European Gaullism. If there is a lesson to draw from it, not from this argument but from this intransigent Euro-Gaullist stance, it’s effectively that a Schmittian reading of European political decline (in the era of post-historical decadence) proves itself to be very necessary. And that an exit program from all incapacitating subservience is imperative, otherwise we will sink into a definitive decline. All the ingredients of our disappearance are near.

Is the influence that Jünger exercised on Mohler felt in our contemporaries’ reception of the German Conservative Revolution?

For the most part, yes. Despite the great diversity of aspects and perspectives that the Conservative Revolution takes and adopts, Jünger the National-Revolutionary, the nationalist soldier, doubtlessly fascinates more than than the anarch or the voyager who observes wild worlds more or less still intact or the entomologist who engaged in his “subtle hunts.” However, it is also exactly the central idea of “The Wall of Time” that is not without relevance. We are marinated in post-history through and through; as for Gaullism or a similar Europeanism, we hardly see a trace: Sarkozy and Hollande have liquidated the last vestiges of Gaullist independence. The anti-American stance of Chirac in 2003, at the time of the Second Gulf War against Saddam Hussein, is already a distant memory: rare are those who still invoke the Paris-Berlin-Moscow Axis, defined by Henri de Grossouvre. However, the long list of authors suggested by Mohler in his doctoral thesis advised by Jaspers, inspires numerous intellectual vocations. We can no longer count the theses on these authors, even if they have been ostracized for a long time in the name of a “political correctness” avant la lettre. All these studies do not share the same approach. But beyond history, in the disordered tumults of chaotic post-history, this long buried world of increasingly blurred memories will be reconstructed. In order to make a museum? Or in order to make the premises of a “grand return?”

The figures of the rebel and the anarch are marked by a living aspiration for liberty, which is not without links to a notion of adventure based on the dignity of the human condition with Mohler. Is the free and adventurous individual the archetype of man that the Conservative Revolution idealized?

Yes, the liberty of the writer, the authentic man, the autonomy of the person, are inevitable qualities of the rebel and the anarch. Or better: they are embodied by them alone. Mohler, in a philosophical and theological debate with Thomas Molnar in the journal Criticon, had christened this “heroic realism” by the name of “nominalism.” The Nouvelle Droite, uniquely translating his contribution in the debate with Molnar, reprised his account of the term “nominalism” to express his heroic existentialism, to somehow affirm a sort of primacy of existence over essence, but through very different narratives and features than Sartre. “Nominalism” as defined by Mohler, ultimately has very little to do with the nominalism of the Middle Ages. Not only does the adventurer hero, the absolute Nietzschean, embody it, but also the quiet anarch, the voyager who seeks unsullied worlds, the explorer who defies the traps of virgin nature, the vulcanologist like Haroun Tazieff, captain Cousteau or the observers of grand land or marine mammals or the entomologist, all are equally figures who refuse the conformism of millions of consumers, the bleating flock of post-historic conurbations. In the ranks of the Nouvelle Droite, no one defined the adventurer better than Jean Mabir in an interview he gave with Laurent Schang, today a contributor to Éléments. This interview was published in Nouvelles de Synergies Européennes. Mabire expressed there, like in his literary chronicles collected in « Que lire ? », an authentic existentialism: that which desires rooted (in their physical homeland) but adventurous men and castigates the rootless and timid. In this clear formula, in this limpid distinction (thanks to my friend Bernard Garcet !) the vital program that we must apply to ourselves in order to become true rebels and anarchs is summarized.

samedi 8 octobre 2016

Trilogie "EUROPA"



De l’Eurasie aux périphéries, une géopolitique continentale

Les deux guerres mondiales du 20ième siècle nous ont appris que seuls comptaient sur l’échiquier planétaire les grands espaces, théorisés par les écoles géopolitiques et par le juriste Carl Schmitt. Pour l’Europe, il s’agit de s’insérer dans un espace eurasien qui englobe la Sibérie russe, comme au temps de l’alliance tacite entre Louis XVI, Marie-Thérèse et Catherine II ou comme au temps trop bref de la Sainte-Alliance post-napoléonienne. Cette convergence eurasienne implique un regard bienveillant sur les espaces perse, indien ou chinois (confucéen), de façon à créer un monde multipolaire où le politique repose sur des assises éthiques traditionnelles et solides, sur les longues mémoires, sur la plus grande profondeur temporelle possible.





Valeurs et racines profondes de l’Europe

Les valeurs qui nous déterminent ou devraient encore et toujours nous déterminer sont nées aux périodes axiales de l’histoire, nous expliquait Karl Jaspers. Pour l’Europe et pour les peuples de souche européenne, Jaspers situait cette émergence de valeurs dans l’antiquité, aux époques de Zoroastre ou de Socrate. Pour la Grèce, nous situerions cette émergence à l’ère homérique. D’autres filons philosophiques voient la naissance de valeurs fondatrices en Europe à d’autres époques, portée par d’autres figures individuelles ou collectives : Marc-Aurèle, Maître Eckhart, Sohrawârdî, Nietzsche… Il s’agit désormais, à une époque de nihilisme profond, de vide, de ressusciter ces valeurs fondamentales et traditionnelles par un combat métapolitique permanent et vigilant, créant tout à la fois une rétivité sociale, politique et militante, dirigée contre les vecteurs du nihilisme délétère, et, chez chacun des combattants politiques ou métapolitiques, du plus humble au plus prestigieux, une force intérieure tranquille, inaccessible aux séduction perverses de la modernité dévoyée. 



L’Europe, balcon sur le monde

L’Europe, c’est d’abord une identité anthropologique. Mais c’est aussi une réalité géographique : une presqu’île à l’ouest d’une masse continentale eurasienne, perpétuellement assiégée, depuis les Huns, les Avars ou les Ottomans jusqu’aux faux réfugiés économiques arrivant aujourd’hui à Lampedusa ou à Lesbos. Une Europe réveillée doit connaître son passé tragique, son passé de sous-continent et d’humanité assiégée, doit se remémorer la volonté de combattre de ses générations antérieures et les ressorts religieux et idéologiques de ses voisins, amis ou ennemis. Il n’y a pas de politique cohérente possible, pas d’avenir stable, sans longue mémoire. Ce livre entend surtout, et de manière didactique, fournir les éléments de cette mémoire qu’il faudra impérativement, impérialement, retrouver, sous peine de mort, de disparition dans la honte et la misère. 

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